Liénor aux Kerguelen


La douce chaleur d’Amsterdam
14 octobre 2010, 15:22
Filed under: découverte

Le 8 septembre au matin, nous sommes arrivés en vue de l’île Amsterdam, après être passé à distance de l’île Saint Paul, de nuit. Le cône volcanique se dresse devant nous, isolé au milieu de l’océan ; 7 km de diamètre à peine, et un univers qui me faisait lui aussi bien rêver. Le 9 au matin, l’hélicoptère me débarque avec quelques autres « interdistricts » et mon rêve de voir l’île Amsterdam se concrétise. La première sensation qui me saisit en sortant de l’hélicoptère, c’est l’atmosphère : il fait doux, l’air est parfumé d’odeurs végétales, ça sent le printemps, c’est le choc alors que nous avons quitté des îles Kerguelen blanchies par des chutes de neige toutes récentes (il avait neigé abondamment l’avant-veille de notre départ)

Quelques heures à peine sur ce bout de caillou perdu de l’océan indien. Le temps de faire un aller-retour de la base Martin de Viviès jusqu’au cratère Antonelli, revenir à midi pour savourer le buffet de spécialités locales (ah, les fameuses langoustes d’Amsterdam !) et repartir l’après-midi pour une autre petite balade. Du soleil, de la verdure, des arbres : dépaysement garanti ! Et on a été réembarqué à 17h, déjà…

Le fin mot de l’histoire, c’est que j’ai eu l’immense privilège d’être redébarquée le 10 pour des raisons professionnelles. Une rapide intervention sur le matériel météo, je ne suis pas restée plus d’une demi-heure à terre (oui, mais j’ai refait un dernier tour d’hélico !) et j’ai recroisé les hivernants d’Ams en pleins adieux comme nous l’avions été nous-même quelques jours avant. Drôle de sensation, j’ai préféré repartir le plus vite possible une fois mon travail accompli pour les laisser une dernière fois « entre eux ».

En quittant Amsterdam, la Marion a contourné l’île pour nous permettre d’admirer les falaises d’Entrecasteaux, hautes de 700m et peuplées d’innombrables albatros. Ce sera notre dernier regard sur les Terres Australes.



Repartir
14 octobre 2010, 15:19
Filed under: Uncategorized, vie de la base

C’est ainsi : les meilleures choses ont une fin, les missions à Kerguelen en font partie.

Comme annoncé le Marion Dufresne est arrivé à Port-aux-Français le 31 août, et immédiatement, le rythme sur la base s’est intensifié. L’hélicoptère a déchargé les sacs postaux puis les futurs résidents de l’archipel, dont nos collègues André, Alain et Christophe.

En trois jours, il a fallu leur expliquer tout ce qu’il est nécessaire de savoir pour faire fonctionner la station météo, comme nos prédécesseurs l’avaient fait 9 mois auparavant. Des journées bien remplies donc. Et en parallèle, les soirées pour se dire au revoir (et faire un dernier concert sur la scène de Totoche) se sont multipliées. Des nuits bien remplies aussi donc !

Dernières balades à l’anse des pachas, dernières bières à Totoche, et premières salades vertes dans nos assiettes depuis huit mois ! Nous, ex-hivernants de la 60ème, avons été embarqués le 5 septembre après-midi pour appareiller le 6 au matin sous un joli ciel bleu. Derniers regards sur les îles pas si désolantes que ça. Une petite larme en pensant aux quelques personnes qui sont restés à Ker, devenus des amis et que l’on n’est jamais complètement sûrs de revoir. Je leur souhaite une bonne fin de mission à chacun.

On redoutait les quarantièmes rugissants de la fin de l’hiver, mais le voyage jusqu’à l’île Amsterdam a été on ne peut plus calme. La vie à bord du bateau a pris un petit rythme ponctué par les services des repas et quelques parties de cartes. De vieilles habitudes ressurgissent, on se retrouve soudain comme on était neuf mois auparavant, sauf que… Sauf que là, c’est une autre forme d’inconnu qui nous attend. On va retrouver tant de choses qui nous sont familières et qui nous sont devenues étrangères. Et puis on finira par tous se séparer.



Revenue en France !
26 septembre 2010, 20:51
Filed under: Uncategorized

Oui, c’est un peu lapidaire comme article, mais ça y est, après 10 jours de fin de mission et d’OP qui ont été intenses, 10 jours de voyage en bateau et 10 jours de vacances en famille à la Réunion, me voici revenue à la civilisation. Promis, dans les jours qui viennent, je prépare quelques photos et un petit récit pour vous raconter la fin !

Là, je me remets juste du voyage en avion et du décalage horaire avec l’île Bourbon !



Juste pour le plaisir des yeux
29 août 2010, 17:26
Filed under: Uncategorized

Chose promise chose due, voici quelques unes de mes photos préférées de nuages dans la collection « hiver 2010 ». Et comme la météo ne s’arrête pas à ce qui se passe dans le ciel, quelques photos annexes…

D’abord un petit retour en arrière avec les manips de mai : un arc en ciel sur la plage de Ratmanoff, les embruns soulevés par le vent dans la passe de Buenos Aires devant PJDA, et un avion (oh ! on en voit tellement peu ici !) aperçu pendant le line transect avec le popchat (PJDA) :


Quelques vues depuis le bord du chaland dans le dédale des îles du golfe…

Ou tout simplement vues de la base vers le Ross. Ah, ces levers de soleil de fin juin, au coeur de l’hiver, quand tout prenait une couleur rose juste après l’obs de 8h !

Rose, je vous dis !

Petite série de photo d’une drôle de soucoupe volante dont la couleur a viré progressivement au coucher du soleil (alors, question pour les spécialistes : AC lenticulaire élevé ou Ci spi à la forme bizarre ?)


Pour ce qui est de l’état du sol, la neige et la glace font des jeux de formes assez joli visuellement parlant.


C’est peut-être le dernier article que je rédige depuis Kerguelen, le bateau est prévu à Kerguelen le 31 août. Les formalités d’usages s’achèvent, les chambres se vident, les malles ont été bouclées,  je me suis retrouvée dans le même stress qu’il y a un an : comment vais-je tout faire rentrer là-dedans ? Finalement, j’avais plus que la place de mettre toutes mes affaires pour le retour.

Depuis l’épisode des malles et les changements de chambre, il ne nous reste plus qu’à attendre le bateau et les collègues de la relève. Dernière OP de la 60ème mission. Mais ça, je le raconterai dans le prochain chapitre !

Allez, encore une petite dernière pour la route !





Dernière ligne droite
17 août 2010, 01:13
Filed under: vie de la base

Le 15 août est passé et ça sent désormais franchement la fin. Dans deux semaines, le bateau qui me ramènera vers le monde ordinaire sera là. A vrai dire, cela fait quelques temps que l’on s’est mis à compter les jours. Je n’ai plus quitté Port-aux-Français depuis mon escapade à Studer, il y a un mois.

Coté météo, quelques perturbations remarquables nous font comprendre que l’on n’est pas venu à Kerguelen pour rien. Le 30 juillet, la pression enregistrée à la station est descendue jusqu’à 945 hPa (en pression réduite au niveau de la mer) après avoir fait une chute de plus de 46 hPa en 24h. Nous avions annoncé une tempête mais finalement le vent fort associé n’a pas été si extraordinaire (seulement 37 kt de vent moyen, autant dire rien pour ici). Nos co-hivernants n’ont donc pas manqué d’y aller de leur couplet sur les météorologues qui se trompent toujours. Mais nous avons bien vite été « consolé » de ne pas avoir eu de tempête ce jour-là. Les lâchers de ballon par plus de 40 kt de vent moyen se multiplient, le dernier en date était samedi 14. J’ai vu la sonde toucher le sol avant de faire une double pirouette autour du ballon puis finir par s’élever dans les airs et me transmettre des valeurs tout à fait correctes. Il faut dire que la hantise, quand il y a du vent, c’est de voir partir le ballon à l’horizontale, si bien que la sonde qui y est accrochée percute le sol et est endommagée. Il n’y a plus qu’à tout recommencer quand c’est comme ça.

Coté vie sur base, les possibilités de sortie étant limitées, j’ai multiplié les promenades jusqu’à l’anse des pachas, limite ouest du périmètre de la base, histoire de se dégourdir les jambes et de savourer encore un peu des petits coins de nature kerguelenienne. Chacun se prépare au départ petit à petit. C’est l’heure des bilans.

Au milieu de tout ce train-train, petit délire d’hivernants, nous sommes partis en « manip » jusqu’à la flottille, histoire d’inaugurer la cabane que Franck y a construite. Au moins deux minutes de transit à pied pour aller admirer le petit cocon douillet qui permet de retrouver l’ambiance cabane en plein cœur de PAF. Ah, nostalgie (déjà !?) quand tu nous tiens !



Un week-end à Studer
30 juillet 2010, 00:20
Filed under: découverte

C’était il y a deux semaines, déjà… Je m’en serais voulue de quitter Kerguelen sans avoir été jusqu’à Val Studer, à environ 4h de marche de Port-aux-Français. Voilà plus d’un mois que je n’avais pas quitté la base, il fallait remonter au 8 juin pour un court aller-retour à Molloy sur deux jours (tellement rapide que je ne crois pas en avoir parlé dans mon blog) Ca me démangeait dans les jambes, c’eut été dommage de ne pas faire encore une manipette avant de partir. Retrouver encore un peu la vie de cabane, marcher dans les souilles et l’acaena, traverser des rivières, subir le vent, regarder les nuages s’accrocher aux montagnes et avoir le souffle coupé par la majesté de ces dernières. Studer aurait pu être ma première destination, elle aura été la (ou l’une des) dernière(s). Et en trois jours, j’ai retrouvé tout ce qui fait que Kerguelen est Kerguelen.

Nous sommes partis samedi 17 au matin avec Bernard, Alex et François. Ludo nous a déposé en 4*4 un peu avant Jacky, ce qui fait gagner une heure de marche. Nous avons grimpé sur le plateau de Tussoc pour profiter de la vue sur les sommets au-dessus (Monts Amery et Crozier, qui étaient dans les nuages) et Val Studer en contrebas. C’était très chouette, même si nous avions un bon petit vent de face assez fatiguant. On a franchi une cascade en escalier, on a encore un peu marché sur le plateau et on est redescendu le long d’un ravin au fond duquel il y a une impressionnante cascade qui bouillonne. Et nous sommes arrivés à la cabane pour le repas de midi.
L’après-midi, je suis allée au bord du lac avec Bernard et Alex pour jouer un peu avec ma canne à pêche, sans succès. En plus il y avait pas mal de vent, ça faisait des grosses vagues sur le lac qui se brisaient sur les rochers où j’avais pris place, on est vite trempé.

Le lendemain, dimanche matin, nous sommes allés d’abord allés au pied de la cascade qu’on avait vue d’en haut la veille. Il tombe des trombes d’eau et les montagnes ont le nez dans les nuages, le temps d’aller voir la cascade qui est tout à coté de la cabane, il s’est mis à y avoir des flocons. Les falaises prennent petit à petit des allures fantomatiques ; pas très engageant. Finalement, on s’est dit qu’on était à Kerguelen et qu’il fallait en profiter. Alors on a été jusqu’au ravin des micas que l’on a commencé à remonter, il s’est mis à neiger de plus en plus fort et le vent s’est levé. On a mangé un sandwich à l’abri d’un rocher, la neige commençait à tenir au sol… Que faire ? Vue les conditions météos et de terrain (ça faisait une heure que l’on remontait un torrent dans un éboulis) on a décidé qu’il serait prudent de faire demi-tour, de toutes façons, on ne voyait rien des paysages. Moi qui voulais aller vers les Montagnes Vertes, ça semblait bien compromis. On est retourné se mettre au sec à la cabane. Evidemment, il s’est arrêté de neiger quand nous étions rentrés, mais il commençait à se faire tard et il n’était plus envisageable d’y retourner (on n’avait plus le temps d’aller plus loin que là où nous avions fait demi-tour et d’en revenir avant le coucher du soleil) Alors tant pis, on a sorti nos bouquins en attendant le soir.
Le lundi matin, on est parti de bonne heure parce que François voulait être rentré pour midi. Départ de la cabane à 8h1/4 dans la neige, une pause de 10 minutes à Jacky pour boire un thé et nous sommes arrivés à PAF à midi, juste bien pour le repas.

A part ça, l’ambiance a été très bonne. Alex a cuisiné les deux soirs, on a fait des parties de belote à n’en plus finir et on a bien rigolé. Tout en convivialité, comme souvent en cabane !



Un peu de douceur dans ce monde de brut
15 juillet 2010, 14:04
Filed under: vie de la base

Une fois n’est pas coutume, parlons météo. Début juillet, il n’y a pas qu’en France que la canicule sévit. On pensait venir à Kerguelen pour trouver des conditions climatiques rudes, et on est tout étonné de subir une vague de douceur. Le 11 juillet, la température minimale a été de 8,6°C, ce qui en fait la deuxième température minimale la plus chaude pour un mois de juillet depuis l’ouverture de la station, tandis que le mercure est monté à 12,6°C au meilleur de la journée, classant cette journée au 5ème rang des journées les plus chaudes de juillet. Oh, je vous vois sourire sous vos 35°C, mais c’est qu’ici, nous ne sommes plus habitués !

Cela dit, l’hiver a bien fini par reprendre ses droits et des averses de neige sont arrivées le 13. Les cérémonies du 14 juillet se sont donc déroulées sous les flocons, même si ce n’est pas tombé en quantité et que certains ici s’impatientent et attendent des occasions de sortir leurs luges.

Pas de feu d’artifice à Kerguelen, mais une petite aurore australe ce matin pour les lève-tôt, aperçue quand j’ai passé l’obs de 00 UTC.

A part ces petits commentaires d’ordre professionnel, j’occupe mon quotidien pafien en faisant des gâteaux (j’ai perdu la main coté cuisine) ou en embarquant sur le chaland en touriste dans le labyrinthe des îles du Golfe pour  savourer encore un peu la beauté de Kerguelen… Peut-être était-ce la dernière fois que je montais à bord de l’Aventure II ? Je ne sais pas encore si c’est le cas, toujours est-il que cela m’a donné un peu de matière pour la prochaine sélection de nuages. A suivre, donc…