Liénor aux Kerguelen


Une journée à Crozet
30 novembre 2009, 17:44
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Mardi 24, les autres passagers sont invités à leur tour à descendre à Crozet. L’hélicoptère fait des allers-retours incessants entre la base et le bateau, en embarquant les personnes 5 par 5. Ca y est, c’est mon tour. Hop, nous décollons ! Très vite, le bateau devient petit en dessous, et hop ! Ca y est, nous sommes sur la Terre ferme ! Tout bouge autour de moi, ou est-ce justement moi qui tangue ?

Xavier, technicien radio (BCR) de Crozet, accueille l’équipe météo de Kerguelen. Nous sommes allés changer la sonde d’humidité : premier contact avec le vent et la pluie subantarctiques. Les doigts sont engourdis autour de l’abri, les gants trempés ne sont d’aucun secours. Le temps de discuter un peu avec le BCR et le GP (gérant postal), c’est l’heure de rejoindre le séjour. Les Crozétiens nous ont préparés un buffet de charcuteries somptueux. Merci encore pour leur accueil chaleureux ! C’est donc comme ça que se déroule une OP ? Beaucoup de travail autour de la logistique, mais beaucoup de convivialité aussi ? Et ça sera comment, à Ker, quand nous serons de l’autre coté ? En début d’après-midi, nullement découragés par les conditions météo, Dominique, Philippe et moi avons entrepris de descendre à la plage, à 1,4 km en contrebas de la base, pour aller voir la manchotière.  N’ayant pas anticipé l’escale à Crozet, Domi et moi ne sommes pas équipés mieux que ça pour lutter contre la pluie. Très rapidement, les jeans et baskets sont bons à essorer, mais que pouvons-nous faire contre cela ? On ne va pas rester enfermés sans aller voir les manchots ? Il suffit de se dire que ce n’est que pour quelques heures, et que l’on regagnera une cabine chauffée et des habits secs le soir…

Soudain dans un virage, les cris des manchots nous parviennent aux oreilles. Ils sont juste là, à quelques mètres de nous, adultes et poussins. Un pétrel couve sur le bas-côté de la route, sans broncher.  Ici, les animaux ne fuient pas devant l’homme. Ils sont chez eux, et nous sommes tous petits devant la colonie de manchots. Quelques bonbons (les bébés éléphants de mer) se prélassent sur le sable gris, au milieu des manchots royaux. Le Marion Dufresne est juste là, dans la baie, et la pluie est incessante. Le vent colle le jeans aux mollets, tout est trempé. L’appareil photo est au fond du sac que l’on hésite à ouvrir. Tant pis pour les photos, on ne mitraille pas.

On en fait deux ou trois prudemment pour se souvenir, et on regarde le spectacle de ces milliers d’oiseaux qui se promènent là, parfois un peu curieux de notre présence, mais le plus souvent totalement indifférents. C’est beau, c’est coloré, ça fait du bruit… Mais si on reste immobiles, on est transis. Nous sommes retournés à la base nous mettre au sec. Le chemin montant en lacets, on a tantôt le vent dans le dos qui nous poussent, et la montée est toute facile, tantôt de face et alors chaque pas devient une lutte contre les éléments, la pluie gifle le visage et on n’ose plus lever la tête.

Enfin à l’abri ! On a aussi les infos météos dans le séjour : vent moyen : 43 kt (ce qui fait 80 km/h) avec des rafales bien plus importantes. Avec ces conditions, et la houle en mer, l’hélico ne décolle pas. Dormira-t-on à Crozet ? Le suspens est intenable. Vers 19h, une fenêtre météo se dessine et tout le monde retourne sur le navire. Aussi rapidement qu’à l’aller, l’hélicoptère décolle, les bâtiments deviennent tous petits en dessous, et prudemment, il se pose sur la DZ du Marion Dufresne… On sort de l’appareil et… drôle de sensation… Ah oui, c’est vrai que tout bouge ici !



Récit de voyage
30 novembre 2009, 17:37
Filed under: découverte

Mercredi 18 novembre, 18h : le Marion Dufresne quitte le Port de la Réunion pour traverser l’Océan Indien du nord au sud : cap vers Crozet. La houle berce le navire qui tangue régulièrement, comme s’il était posé sur la poitrine d’un énorme monstre endormi qui respire lentement. La vie à bord prend son rythme, entre les services du repas, les conférences organisées pour les touristes et les visites à la passerelle où les ornithos passent leurs journées, jumelles vissées aux yeux, à l’affut du moindre volatile : pétrels, albatros, prions… Je leur laisse le soin de faire le recensement. On aura eu la chance d’apercevoir deux cachalots durant la traversée. Vendredi 20, les mouvements de houle se sont amplifiés. Passage à la passerelle pour vérifier les conditions météos : nous avons quitté les alizés, et c’est maintenant les vents d’ouest qui nous accompagnent. On surveille le GPS : 30°S…35°S…les miles s’égrènent au fil des vagues, et je garde l’œil à proximité de la station météo pour surveiller la température de la mer. Pour le moment, elle est constante autour de 16,5°C.

Dimanche 22 soir : ça y est, le thermomètre amorce sa chute. Entre le début et la fin du repas, nous avons perdu 5°C. Le lendemain matin, l’eau est à 6°C, puis 5, puis 4,5. Mais ce n’est plus ce que l’on surveille : une ombre se dessine imprécise à l’horizon, coincée entre mer et nuages : Crozet est en vue. Les falaises de l’île de la Possession et de l’île de l’Est se dessinent de plus en plus nettement. Tous les passagers du bateau sont à la passerelle et sur le pont. Et malgré le froid, chacun sort appareils photos et jumelles. Les orques nous accueillent. Le commandant arrête le navire à l’heure du repas. L’hélicoptère est sorti du hangar pour aller ravitailler des cabanes depuis la côte nord de l’île, vers la baie américaine. Toujours est-il que nous avons atteint la baie du marin et la base Alfred Faure en fin d’après-midi. Les campagnards d’été et hivernants de Crozet ont fait leurs bagages et quittent le Marduf pour aller découvrir leur nouveau lieu de vie. Dans quelques jours, ce sera nous…



Crozet
24 novembre 2009, 21:07
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Retranscription de quelques informations envoyées par mail par Liénor:

Le Marion Dufresne est arrivé en vue des côtes de Crozet ce lundi. Liénor a pu débarquer en hélicoptère mardi, afin d’intervenir sur la station météo le matin. Il s’agissait de changer la sonde d’humidité. L’après midi, elle a visité la manchotière de Crozet : « les manchots comme si on les touchait » ! “Pluie et vent fort (au moins on est dans l’ambiance), donc nous ne sommes pas sûrs que l’hélico puisse nous rapporter au bateau tout à l’heure. Vivement Ker et la terre ferme définitive. En attendant, on se fait sécher comme on peut.”

Sur le bateau, elle n’a pas encore eu le mal de mer. Jusqu’à aujourd’hui, le temps n’était pas trop mauvais, mais les voilà maintenant dans les subantarctiques. L’ambiance a l’air très bonne: “Sur le bateau, baby-foot et fléchettes (quand ça tangue et que ça roule, c’est rigolo) pas de jeu de cartes, et beaucoup de temps à la « passerelle » (le poste de commandement) pour regarder défiler les vagues et éventuellement les oiseaux.” Elle a vu plein d’albatros et d’autres oiseaux. “Aperçu deux fois un cachalot, et bien entendu les orques à Crozet.”

Sa colocataire de cabine “est très sympa. Elle s’appelle Déborah et vient poser des balises sur les albatros à Sourcils noirs pendant la campagne d’été à Ker. Elle fait donc partie de ceux qui seront tout le temps sur le terrain et qu’on verra peu à PAF (port aux français)”.

Tout se passe très bien et le moral est excellent. Elle a préparé un compte-rendu avec photos qu’elle enverra une fois arrivée à Kerguelen.



Jour de l’embarquement
18 novembre 2009, 11:26
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Très bref car j’ai peu de temps, je suis encore dans les locaux de Météo France à Saint Denis. Notre transfert sur le Marion Dufrene est prévu en début d’après-midi. Ce sera le point de non-retour, le vrai début de l’aventure, la fin du monde « civilisé » et « connecté ».

Hier soir, un dernier repas au restaurant avec des collègues d’ici. J’en rêvais depuis des jours, et j’ai eu ma salade de palmistes frais. Après cela, nous serons probablement rationnés en crudités, alors autant en profiter. Et pour finir sur la note locale, j’ai pris un cari brèdes songe en plat principal…

Pour la suite :

Nous avons une intervention à faire sur les capteurs de la station automatique de Crozet, ce qui nous assure que nous ferons partie des gens qui pourront débarquer à l’escale, d’ici 4 à 5 jours. Comment supporterons-nous le voyage ? et comment se passera la relève, avec l’agitation de l’OP, la passation de consignes, et tout ça ? C’est maintenant que commencent les surprises. Et encore une fois, quitter un endroit pour un autre, refaire mon sac et partir. Vivement que l’on soit arrivés !



Ile de la Réunion
14 novembre 2009, 20:18
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Je suis partie pour les régions subpolaires et me voilà sous les tropiques, passage obligé avant d’embarquer à bord du Marion Dufresne, qui partira mercredi 18 du Port.

Le vol s’est bien passé avec une heure de retard à l’arrivée hier matin. J’ai retrouvé mes collègues Dominique et Philippe qui feront équipe avec moi à Kerguelen. Nous sommes pris en charge par les services de Météo France à la Réunion pour l’hébergement, mais avons bien du mal à trouver une voiture de location pour être autonome ce week-end. Finalement nous sommes partis tous les trois ce matin, et après avoir fait trempette sur la plage à Saint Gilles, ils m’ont déposée chez mon oncle et sa femme qui résident au Tampon. Nous avons mangé ensemble chez eux puis ils ont repris la route pour continuer leur découverte de l’île pendant que je passe un week-end en famille. Et quand on a de la famille à la Réunion, autant dire qu’on ne se voit pas souvent et qu’on a des choses à se raconter…

Cet air de vacances est complètement dépaysant, et c’est bien difficile d’imaginer que je suis en route pour partir vers le Grand Sud. En attendant, voilà le programme prévionnel : lundi, mardi et mercredi matin, nous sommes à Météo France pour recevoir les dernières instructions avant le départ, les détails logistiques de la mission, et faire connaissance puisque nous serons en liaison avec les collègues de Saint Denis une fois là-bas. Et si tout va bien, l’après-midi, on nous amènera au Port pour embarquer et partir en fin de journée.

Désormais, j’ai quitté mon confort métropolitain. J’alimenterai mon blog quand je trouverai une connexion internet. Je sens ça sera parfois frustrant de ne pas tout raconter tout de suite. L’aventure semble déjà bien en route.