Liénor aux Kerguelen


En attendant le retour du bateau
27 mars 2010, 16:50
Filed under: vie de la base

Petit à petit tout le monde revient sur la base. Il n’y a plus que la cabane « guetteur » qui est encore occupée, à Ratmanoff. Le Marion devait faire son retour le 29 mars, pour OP-1. Il a du retard et ne sera à PAF qu’aux environs du 1er avril.

En attendant, la base s’active. Il y a une une journée « base propre » à la mi-mars. On prépare les colisages, les campagnards ont le nez dans leurs malles qui sont maintenant pour ainsi dire bouclées.
Et hier soir était organisée une soirée pour leur départ. Pour l’occasion, les VCAT ont eu l’idée de commencer dès l’après-midi par un défilé dans les rues de Port-aux-Français : l’idée était d’en faire la première techno-parade organisée à Kerguelen, autrement dit, la « techno-pafade ». Le « char » était remorqué par un tracteur suivi du camion de pompier.

Musique et déguisements futuristes au programme, le tout dans une ambiance fort sympathique. Tout le monde a joué le jeu. Le repas s’est pris à Totoche entre deux danses et la soirée s’est finie bien après que je l’ai quittée pour regagner la station météo.

Aujourd’hui, autre festivité, dans une toute autre ambiance : la communauté auvergnate de Port-aux-Français inaugurait la pose de sa flèche au mât.

Je ne pouvais évidemment pas rater cet évènement qui me va droit au coeur !

A vous  de deviner quelle est la nouveauté 2010 parmi les panneaux ci-contre…



A travers le plateau central
15 mars 2010, 23:35
Filed under: découverte

Vendredi 5 mars. Nous avons quitté Saint Malo vers 9h1/2 avec Yann (géophy) et Séb (électricien CNES) pour 11 jours de manip, premier objectif : Val Travers. En fait, nous sommes quasiment allés jusqu’à Port-Kirk en ensuite, nous avons plus ou moins longé la côte, en  passant dans les vallées souilleuses. Après Gazelle, nous avons encore un peu marché en montant sur des rochers. Là, ça allait mieux, mais le mal était fait : j’avais les pieds trempés par des kilomètres de terrains marécageux arpentés en chaussures. Vers 17h, on s’est posé pour faire la vac et on a cherché un endroit pour planter la tente par là. Nous sommes en vue du fond du Havre du Beau Temps. L’endroit est pas mal, il y a un petit ruisseau qui nous sert de point d’eau, et on plante la tente sur un épais lit d’acéna. Chose étonnante : dans la nuit, je réussis à retrouver une sensation de pieds secs. Mais le lendemain matin, à la perspective de devoir renfiler mes chaussettes et mes chaussures trempées, je déprime. Bon, ce n’est qu’un mauvais moment à passer.

Deuxième jour : on redescend. On a le choix entre prendre la ligne droite en grimpant la barre rocheuse et passer par le haut, ou longer le lac Bontemps. Nous sommes passés par le lac. C’était interminable, mais plat. Et puis à un moment donné, l’inévitable : la falaise qui tombe à pic dans l’eau. Il a fallu grimper pour l’éviter. Du haut, on avait une superbe vue sur le lac, la Baie Irlandaise derrière et le Grand Ballon. Là, je commence à être émue parce que jamais je ne pensais que j’irais aussi loin en venant à Kerguelen : le Grand Ballon, pour moi, c’est déjà le nord de l’île, là où on ne va jamais ! Et rien que le fait de voir ça de loin, ça fait quelque chose. Et puis on finit par voir la cabane, minuscule point rouge sur la rive opposée du lac. Encore une heure et demie de marche avant de traverser la rivière de Val Travers. On se déchausse. J’enlève mon pantalon et mon surpantalon, et je traverse en slip, avec le sac sur le dos. J’ai de l’eau jusqu’au-dessus des genoux. C’est très froid, mais ça fait du bien aux ampoules qui se sont formées et ont fini par éclater d’elle-même au fond de mes chaussures. Sur l’autre rive, il y a toute l’équipe des écobios (David, Mathieu, Élodie, Lise et Anne-Claire) sur une colline rocheuse qui nous acclament en nous regardant passer la rivière : ça leur fait la télé, un petit spectacle pour eux. Il est 15h quand nous arrivons à la cabane. Yann, Mathieu et Séb prennent les cannes à pêches pour aller taquiner la truite au bord du lac tandis que je m’allonge au sec, je n’ai aucune envie de remettre mes chaussures. En fin d’après-midi, je me remotive pour aller goûter au plaisir d’un bain dans les sources chaudes. Le bassin « aménagé » pour se baigner est à 10 min de la cabane. C’est juste en contrebas des sources qui sortent parait-il à 65 °C, un endroit où le ruisseau s’élargit entre l’acéna ; un muret de pierre a été installé pour former un bassin de 2 mètres sur deux environ, et entre 20 et 50 cm de profondeur. Il y a un peu de vase au fond, mais ça fait tellement de bien de se plonger dans une eau à 40 ou 45°C ! Soirée à 8 personnes dans la cabane de Val Travers, petit module sommaire qui ferait passer celle de Pointe Suzanne pour un palace spacieux.

Dimanche, grand soleil, un temps idéal pour aller au déversoir du lac. Petite ballade, ce n’est qu’à deux heures de marche. Une fois passées les premières souilles aux environs immédiats de la cabane, on finit par marcher sur des rochers. Ca va mieux, il y a plein de fragments de géodes partout, on ramasse des cailloux, c’est joli. On aperçoit une chape de nuages qui recouvre la calotte glaciaire derrière nous, et puis enfin on arrive en vue du déversoir. Ça forme une belle cascade, le lac étant à 5 mètres au dessus du niveau de la mer. On déploie les cannes à pêches. Trois lancers, j’attrape une belle truite de 50 cm bien charnue. Au final, nous sommes revenus avec 9 truites de taille équivalente à la mienne (pour 8 personnes) Donc au retour à la cabane, on s’y est tous mis pour préparer un petit festin.

Lundi matin, réveil à 5h1/2 : les écobios doivent revenir sur Saint-Malo dans la journée. Ils sont partis vers 7h1/2, le temps semble clément. A nous la vallée des Merveilles ! Ça va être mythique. L’itinéraire qui nous a été conseillé passe par le Val des Moustaches et le col de la Soufflerie (tout un programme…) D’après les écobios et le cahier de cabane de Val Travers, mieux vaut ne pas le tenter si les conditions météos sont mauvaises. Nous faisons nos sacs, j’ai fini par laisser tous les cailloux que j’avais ramassés la veille, la tente est repliée, et en arrivant à hauteur du Val des Moustaches, au bout d’une heure de marche environ, le vent dans la figure, et le cumulonimbus scotché au col, qui lâche une averse de grésil de temps en temps. Ah, c’est joli, ça fait des beaux arcs en ciel au dessus du Val Travers, mais nous renonçons : escalader une barre rocheuse avec du vent de face qui nous déséquilibre, avec des averses qui réduisent la visibilité, ça ne nous parait pas sage. Nous avons attendu une bonne demi-heure voir si ça évoluait, mais ça n’avait pas l’air de s’améliorer.

Nous sommes donc retournés à la cabane manger nos restes de truites, planter la tente (nous ne pouvons pas utiliser la cabane) et nous baigner tous les trois ensemble dans les sources chaudes, sous la pluie. Au retour, nous avons essayé d’appeler avec l’iridium pour faire la vac, mais ça ne marchait pas. Donc Yann a pris la VHF et a entrepris l’ascension du Mont de la Tourmente. Quand il est revenu au bout d’une heure en disant : « j’ai perdu la zézette… » ça a été un gros coup pour le moral des troupes.

Le lendemain mardi, il pleut toujours. Nous ne tenterons pas la vallée des Merveilles aujourd’hui. On n’a pas fait la vac la veille, il faut qu’on retourne plus à l’est, dans les zones couvertes par la VHF et qu’on donne signe de vie, on ne peut pas tenir jusqu’au 15 dans ces conditions. En deux temps trois mouvements, on s’est décidé pour mettre à exécution le plan « Baie de l’Obs » : rejoindre les manipeurs qui y sont et se faire récupérer avec eux le 11. Tente repliée, sacs bouclés, 9h1/2, on amorce le chemin du retour. Retraversée de la rivière, un peu plus en amont, moins profonde, mais je me déchausse quand même. Et à partir de là, il faut grimper le rempart de Val Travers. Vers midi moins le quart, on fait une pause sur le plateau en haut, Seb allume notre deuxième zézette et on entend le petit bruit de souffle qui indique qu’on capte le relais. « BCR, BCR pour Val Travers ?

-oui, BCR écoute ! »

Ouf, on donne un signe de vie, on peut prendre la route. Yann allume le GPS. Sur le plateau en haut, on avance vite. Et puis arrive le moment où on se retrouve en haut du rempart, coté Est. Vue sur le plateau central, perspective magique : des kilomètres et des kilomètres de barres rocheuses et de falaises qui se succèdent, jusqu’à l’horizon. On descend du plateau sommital par un éboulis, l’occasion de faire quelques belles gamelles. Randonner à Ker, ça tient plus du ski que de la marche. J’ai un énorme bleu sur la fesse droite. Un peu plus loin, le vallon se resserre pour laisser s’écouler un torrent. Il n’y a pas d’autre issue. On saute de rochers en rochers, passant de part et d’autre du torrent comme on peut pour descendre, encore et toujours. C’est glissant et il se met à pleuvoir histoire de corser les choses, et puis un lac est en vue en bas. Coup d’œil à la carte : c’est le lac Elsa. On arrive au niveau du lac, on se pose à peine pour souffler, et  Séb nous fait remarquer : « je ne sais pas si vous avez vu, mais il y a des rennes, là. » Des rennes, depuis qu’on est parti de Saint Malo, on en a vu quelques uns : des individus isolés, ou par groupe de 3 ou 4. Mais là, au milieu de la vallée, sur le bord du lac, il y a un énorme troupeau. Au jugé, une centaine de têtes. Yann se dévoue pour sortir l’appareil photo. Je vous incite donc à guetter le prochain article sur le blog de Yann, j’espère qu’il publiera les photos que je n’ai pas prises !

Verdict du GPS : on a fait 6 km à vol d’oiseau depuis la cabane de Val Travers. A ce rythme, on n’est pas rendu. Mais à partir de ce point, ça a avancé très vite en suivant un chemin laissé par les traces de rennes. Pas besoin de faire le dahut dans le devers le long du lac. Ici, au milieu de Ker, il y a un sentier à suivre !!! Deuxième lac, toujours aussi rapide. Et on arrive dans la plaine du Gave de l’Azorella. Les barres rocheuses à droite et à gauche s’écartent et une grande étendue plate s’offre à nous. Il pleut toujours. Le paysage défile, les falaises de part et d’autre de la plaine ont un air fantomatique derrière le rideau de pluie. On a le vent dans le dos, on avance. On voit le bout de la plaine, là où les montagnes de droite et celles de gauche se rapprochent. A 17h, on est au bout. 17h30, la zézette capte, on entend le bulletin météo à la vac, mais notre appel reste sans réponse. « BCR, BCR de Séb ? » C’est comme si personne ne nous entendait. D’ailleurs, personne ne nous entendait. Séb et Yann montent sur un sommet pendant que je reste avec les sacs en bas. Rien n’y fait. Il est 18h, dans une heure et demie, il fait nuit, il est temps de songer à planter la tente. 30 à 35 kt annoncés pour cette nuit, mieux vaut s’abriter du vent. Nous avons fini par trouver un endroit à peine plus grand que la tente, plat, pas souilleux, à l’abri d’une montagne, mais on n’avait pas d’eau à proximité. A 20h, on était au fond de nos sacs de couchage et on dormait.

Enfin, moi, je dormais. A 5h1/2, Séb et Yann étaient réveillés. En route ! On a refait le plein d’eau dès qu’on a vu un ruisseau acceptable et on a avancé. Et puis on est arrivé au bord d’un lac, on a passé un petit col et là, on est arrivé devant un vallon avec une barre rocheuse en face. Yann dit : « c’est tout droit, il reste 5km » Découragement : tout descendre pour tout remonter, ça n’en finit jamais ! Mais on l’a fait. On est descendu et remonté en face, sur une paroi boueuse et glissante au possible, encore quelques chutes dans la boue, encore quelques coups dans les cailloux. Et du haut, enfin, je reconnais le paysage, la montagne en trois gradins au dessus du déversoir du lac de la Baie de l’Obs, celui où j’ai pêché en maillot de bain. Un petit lac, une rivière à traverser où je me déchausse une dernière fois, le contournement du fameux lac, et là, au loin, on voit des silhouettes qui se mettent à pêcher au déversoir. Pas après pas, on se rapproche. Je dis bonjour à Renaud et Ludo. Renaud, avec son rire habituel : « tu vas bien ? Plein le dos, plein les pattes ? » Honnêtement, le dos, les jambes, ça va. Des ampoules aux pieds mais c’est tout. Je lui réponds : « oh, ça va comme si on était parti de Val Travers hier matin ! » et je vois Renaud prendre un air ahuri. Je sens qu’on vient de faire un truc dont tout le monde n’est pas capable. Il reste 20 minutes de marche, je franchis le seuil de la cabane à midi. Elodie et Audrey sont en train de préparer le repas, elles attendaient le retour des pêcheurs, elles ont vu Séb et Yann arriver. On ajoute notre fond de charcuterie en guise d’apéro et nous étions 7 à table pour le repas.

Ouf, on l’a fait ! On a rallié Val Travers à Baie de l’Obs en 1 jour et demie, douze heure et demie de marche en comptant les pauses (peu nombreuses), 35 km à vol d’oiseau… Dernière question : le chaland pourra-t-il venir nous chercher ?

En arrivant à Baie de l’Obs, Séb et Yann ont fait une vac pour dire : « voilà, on est à Korrigans, on voudrait avoir confirmation qu’il peut y avoir 3 places sur le chaland pour rentrer demain sur PAF » Discussion avec la disker, le L2, le bosco… Ça semblait OK, sauf qu’à la vac du soir, on nous annonce une avarie sur le chaland. « Refaites une vac à 20h » A 20h, ce n’est toujours pas réparé. « Rappelez demain à 8h pour savoir s’ils ont pu partir ou pas ! »

8h jeudi matin : « C’est bon, le chaland est parti » ce qui signifie que Frank et Séb (mécano chaland) ont bossé toute la nuit pour résoudre le problème. C’est qu’il faut le ménager ce bon vieux chaland, avec l’OP qui approche à grand pas ! Dernière OP avant l’hivernage, dernier ravitaillement avant cinq mois d’isolement, quand les campagnards d’été seront partis, quand nous ne serons plus qu’une cinquantaine sur base et que les conditions climatiques s’empireront. Pas de doute ici, l’hiver se profile petit à petit.



D’une manip à l’autre
5 mars 2010, 02:02
Filed under: découverte

La fin de la campagne d’été approche à grand pas et l’envie d’en profiter encore un peu se fait sentir avant de voir les effectifs de la base se réduire comme peau de chagrin et les possibilités de sortie se limiter. Voilà donc comment je me retrouve à dire « oui » à toutes les sollicitations pour partir en manip, tant que cela ne nuit pas au bon fonctionnement de la station. Que chacun se rassure, mes collègues ne sont pas en reste.

J’ai donc enchaîné quatre jours de manip à l’île aux Cochons avec quatre jours de manip à Saint-Malo.  Le jour et la nuit…

A l’île aux Cochons, je suis partie avec Lise et Clément, VCAT écobios, pour faire des « transects  de végétation ».  Faire des transects de végétation, cela signifie que sur des zones définies, on relève le long d’une ligne de 20 m à raison d’un point tous les 10 cm quelles sont les espèces végétales en présence. Il y avait 44 transects à faire sur Cochons, et cela représentait pour Lise et Clément la dernière manip transect de leur mission.

Me voilà désormais incollable sur les noms latins des plantes qui poussent à Kerguelen, jusqu’à ce que j’oublie tout ce que je viens d’apprendre. On ne regarde plus le sol de la même manière après avoir scruté tout ça de plus près. Coté ambiance, beaucoup de travail sur le terrain, l’occasion de sillonner l’île dans tous les sens, en prenant garde de ne pas écrouler les terriers de pétrels, ce qui pourrait arriver à chaque pas si on n’y prenait pas garde. C’était mon premier séjour sur une île du golfe. Cochons fait 165 ha et culmine à 120m, ce qui fait que depuis le sommet, on a une vue assez jolie sur cette partie de l’archipel. Le soir, dans la cabane « abri de jardin » avec son nain qui garde l’entrée, retour au calme, petites bouffes entre amis et vidéos sur PC…

Retour sur PAF le 25 février, avec un arrêt « rabattage de moutons » à l’île Longue. Le temps de prendre une douche et de faire une lessive, me voilà repartie sur le chaland dès le 26. Mission : aller démonter la cabane IPEV de Saint-Malo qui fait double emploi avec la cabane TAAF qui est à quelques centaines de mètres de la première et qui ne sert plus.

Changement d’ambiance… D’abord, ce vendredi 26, il fait un temps splendide. Nous sommes nombreux à bord de l’Aventure II :

-pour le démontage de la cabane : Nina, Germain, Alain, Mickaël et moi.

-futurs colocataires de la cabane TAAF de Saint Malo : les « salmévols » et leur manipeur qui font des prélèvements de truites à Port Kirk : Jean-Christophe, Jose-Luis, François et François.

-Et en partance pour l’île Haute : Franck et Séb, sans qui le chaland resterait toujours à quai, et Anne-Claire et Emilie.

Sur le trajet, nous passons à Molloy pour récupérer des batteries et déposer/récupérer du matériel à la cabane… Une vraie maison en dur avec cuisine, salle de bain ! Certes, c’est un peu défraîchi, mais quand on connait les autres cabanes, c’est du luxe absolu.

Et puisqu’on était à Molloy, on a remonté un peu la côte à pied pour aller voir une colonie de gorfous sauteurs un peu plus loin. Après, en longeant l’île Haute et en remontant l’anse de Saint-Malo, avec ce grand beau temps, la mer était si calme qu’on a pu deviser gaiement assis à l’avant du chaland.

Nous avons été déposés à 9 personnes à Saint-Malo avec tout notre matériel… C’était une véritable « OP » ! Prise de possession de la cabane TAAF, grand confort là aussi. Les chambres sont séparées de la pièce à vivre, et grâce à la cascade captée qui coule en contre-haut, il y a l’eau courante et même un chauffe-eau. La cuisine est très bien équipée, avec un service complet d’assiettes en porcelaine et tasses assorties… Après le repas, laissant les poptruites à leurs activités, nous avons enfilé les bleus de travail pour aller casser de la cabane à coup de masse et de pied de biche. Nous avions à peu près réglé le démolissage en une heure et demie et ensuite, nous avons brûlé tout ce qui était incinérable, c’est-à-dire le toit, le mur, le plancher qui étaient en bois, et les matelas. On a installé le bûcher au bord de la rivière, un peu en contrebas de la cabane — il a donc fallu porter tout jusque là — et on a allumé un immense feu de joie. La rivière m’a permis de jouer au pompier en jetant de temps à autre des bassines d’eau quand le feu gagnait un peu trop sur la végétation autour. Il restait tout le mobilier (table et lit en fer, poêle d’une autre époque) et tous les revêtements isolants du toit et des murs dont on a fait des gros rouleaux, et puis toutes les petites choses qui restaient dans la cabane. Ça, il fallait le rapporter au bord de la mer, au plus près de l’endroit où le chaland nous avait déposés, à quelques centaines de mètres de là…

Première journée, nous finissons donc fourbus mais contents du travail accompli.

Samedi, Germain et Alain sont partis chercher un groupe électrogène à Gazelle donc nous étions trois pour faire du transport de gravats. On a tout rapporté au niveau de la mer, mais pas à l’endroit où le chaland viendrait, qui était encore plus loin. On se disait que si le chaland ne pouvait pas beacher à cet endroit, il faudrait faire des allers-retours avec le zodiac. Voilà de quoi se faire des muscles. Déménager, j’ai l’habitude, pas de souci. Là c’est autre chose : le terrain est irrégulier, la distance loin d’être négligeable et les choses à trimballer sont lourdes et sans prise. Un vrai boulot pour les pionniers. Mais ni Nina ni moi ne sommes du genre à jouer les faibles femmes (et je ne parle pas de Mickaël) donc nous avons porté nos gravats et encombrants, et à la fin, à l’emplacement de la cabane, il ne restait que des énormes fûts de béton sur lesquels étaient posée la cabane, qui étaient incassables et intransportables à dos d’homme. On n’est pas là non plus pour se démolir nous…

Pour Nina, le travail de démontage de la cabane est accompli et on a droit à une journée de repos dimanche : grasse matinée avec petit déjeuner jusqu’à 10h pour tout le monde, y compris les poptruites. Et puis François-géophy commence à avoir des fourmis dans les jambes et à se dire qu’il ne va pas rester à la cabane à ne rien faire toute la journée. Une perturbation est passée dans la nuit, il fait maintenant un temps splendide, et un vent à décorner les bœufs (certes, vous avez peut-être eu pire en France ces derniers temps) Qu’à cela ne tienne ! Nous sommes partis tous les deux dans l’idée d’aller pêcher des truites dans le lac des korrigans juste de l’autre côté de la barrière rocheuse. Le temps de se mettre en route, il était midi. Pour aller au lac des korrigans depuis Saint-Malo, rien de plus simple : il faut franchir la muraille qui longe le flan ouest de l’anse et redescendre. Comme c’est de la falaise, nous avons contourné en montant au sommet qui est juste au dessus de l’embouchure de la rivière, à 303m d’altitude. Rude grimpée mais point de vue MAGNIFIQUE : vers le sud-est sur l’anse, l’île Haute dans l’axe, les sommets de Ronarch derrière, vers le sud-ouest sur le Ross, et on devine l’océan vers le nord, au-delà de l’isthme du lac. Nous sommes redescendus au bord du lac, et avons lancé nos lignes à peu près à mi-longueur du lac, sans rien attraper (probablement trop de vent) Retour par le même chemin, mais ce coup-ci, avec le vent de face…

Dans l’après-midi, Nina, Germain, Alain et Michael ont quand même déplacé notre tas de gravats jusqu’à l’endroit de la récup’ du chaland, plus de soucis de zodiac ! L’embarquement des gravats s’est donc bien passé quand l’Aventure est arrivé lundi matin. On est passé par la baie de l’obs, ce qui m’a permis de continuer à découvrir le dédale du golfe, et on était sur base vers 13h, pour décharger et trier nos déchets…