Liénor aux Kerguelen


l’île aux oiseaux
22 avril 2010, 22:54
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Je suis partie vendredi dernier à l’île de Mayes pour assister Pierrick, ornitho, dans le suivi des populations de pétrels gris. Il avait neigé dans la nuit de jeudi à vendredi (comme prévu !) et donc vendredi matin, c’était tout blanc à PAF, ça change complètement le paysage. Pas de doute, l’hiver s’installe. Départ du chaland à 7h, juste au lever du soleil. Nous avons donc été déposés sur notre île vers 13h. Nous : c’est-à-dire d’une part Luc et Fabrice qui travaillent pour la réserve naturelle (« resnat ») des TAAF et d’autre part Pierrick et moi pour le programme ornitho.

Avril c’est la saison où commence la reproduction des pétrels gris. Il y a une centaine de terriers de pétrels gris (eh oui, les oiseaux ne nichent pas dans les arbres dans ce pays !) qui sont suivis à Mayes et nous devons faire le tour de ces terriers pour savoir s’ils sont occupés, et si oui, si l’individu qui l’occupe est bagué et s’il y a un œuf. Si l’individu n’est pas bagué, nous le sortons de son terrier et nous le baguons. Les pétrels gris sont des oiseaux sensibles au stress, donc le mieux est de les sortir le moins possible pour faire toutes ces manipulations. Pour cela, nous fouillons les terriers à l’aide de ringots (sortes de baguettes en plastique) et si on se rend compte qu’il y a quelqu’un, alors on met en œuvre le « burrowscope ». Pour fouiller les terriers au ringot, il faut avoir le coup de main, donc je laissais surtout Pierrick procéder. Pour sentir le mieux possible ce qui se passe au bout du ringot, il enlève ses gants et je ne l’enviais pas tellement de se coucher dans la neige, la main dans le terrier sans gant avec le temps que nous avons eu.

En effet, vendredi et samedi, nous sommes passés en ciel de traine, avec plein d’averses de neige tout le temps, du vent froid qui nous déséquilibrait quand on se baladait sur les parois pentues de Mayes en prenant garde de ne pas écraser les choux et les azorelles. Ceci est une parenthèse, revenons aux pétrels. Supposons que le terrier n’est pas vide… le burrowscope est une petite caméra infrarouge couplée à une paire de lunettes qui permet d’aller regarder à l’intérieur des terriers. Avec le masque et la longueur de câble dans laquelle je m’emberlificote avec le sac à appareil photo en bandoulière, j’ai l’air d’un extraterrestre. Mais on s’en est quand même servi et ça nous a évité de sortir quelques oiseaux. Au total, sur la trentaine de terriers qu’on a eu le temps de faire, on a sorti 3 ou 4 oiseaux. Là, j’avais eu l’expérience des cormorans, donc maintenant, je sais comment il faut tenir un oiseau sur les genoux pendant que l’ornitho lui pose sa bague et lui prend ses mensurations. Je n’ai pas de photo de pétrel gris. On ne peut pas à la fois travailler et prendre des photos, surtout quand il fait froid et qu’il neige. Un pétrel gris, c’est gros comme un gros pigeon, c’est gris avec un ventre plus clair, et ça a une tête de pétrel ; c’est assez joli à vrai dire.

Sinon, mon travail d’aide-ornitho a surtout consisté à tenir le petit carnet de note et à chercher les piquets bleus sur le terrain qui marquent les terriers à fouiller (pas toujours simple quand ça dépasse à peine de l’acéna ou des herbes hautes) De temps en temps, quand il y avait un terrier avec un réseau de galeries un peu complexe, on a fouillé à deux au ringot, mais je n’ai jamais senti d’oiseau au bout de la tige…

Le soir en cabane, c’est comme toujours en cabane, sauf qu’il fait nuit de plus en plus tôt (entre 17h30 et 18h) La cabane de Mayes est richement « décorée », pleine d’anecdotes et de photos laissées par 20 ans de programme ornitho, donc 20 ans d’équipes de VCAT qui se sont succédées. Et petit luxe, il y a une cabane pour les WC. Même si je me suis retrouvée transie en allant remplir le seau « chasse d’eau » à l’eau de mer sous une grosse averse de neige (même pour aller aux WC, j’aurais dû mettre des gants) c’est toujours mieux que de se retrouver les fesses à l’air dans la neige et le vent ! Le chaland est revenu me chercher lundi  matin vers 10h, j’ai été remplacée par Mathieu qui était déguisé en oiseau en arrivant. Pierrick séjourne à Mayes jusqu’au 29 avril. Quand il aura fini avec les pétrels gris, il s’occupera des pétrels à tête blanche.

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Olivia a chassé les moutons
15 avril 2010, 17:24
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J’ai fini mon dernier article en annonçant la manip suivante… Je suis partie à l’île Longue chez le berger 5 jours, je suis revenue lundi,  me disant qu’il fallait que je prépare un article pour raconter les moutons de Kerguelen et tout ça, et puis un événement quelque part en métropole est venu bouleverser ma petite vie pafienne : j’ai appris la naissance de ma nouvelle nièce et filleule hier matin, et me voilà incapable de raconter ce que je vis ici, mon cœur est ailleurs…

Alors je vais juste laisser quelques photos pour que la petite Olivia puisse s’endormir tranquillement en comptant les moutons.

Toutes mes félicitations aux parents !



Changement de configuration
7 avril 2010, 06:01
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Il y a eu pas mal d’agitation à Port-aux-Français avant l’OP. Il y a eu un navigateur en solitaire tchèque qui est resté une semaine et l’Océanic Viking qui est revenu de lundi à mercredi dernier.

Plus cette OP s’approchait, plus elle s’annonçait pleine de mauvaises nouvelles. D’abord, le Marion a quitté Crozet avec un jour de retard après une OP difficile et n’est donc arrivé que le 2 avril après-midi à Port-aux Français au lieu du 1er avril au matin (au tout début, il était prévu qu’il arrive le 29 mars !) Ce fut un mal pour un bien car jeudi matin nous avons eu une belle tempête sur Kerguelen (quand on a commencé à la prévoir, tout le monde a cru que c’était un poisson d’avril) L’autre mauvaise nouvelle, c’est que tous les produits frais ont été embarqués par erreur dans la chambre froide à -20°C. Nous qui attendions avec impatience le retour des salades, tomates, ananas et autres mangues et poires depuis que les dernières pommes et oranges ont disparu de nos stocks ici il y a un mois, nous voilà bien déçus ! C’est un vrai coup dur pour le moral.

Quand le Marion est arrivé, j’étais à la station météo. En l’espace de quelques heures, tout a changé.C’est un sentiment vraiment bizarre. Pendant 4 mois, nous avons vécu avec les mêmes personnes, on finit vite par connaitre tout le monde, et voilà que cette configuration change. D’un seul coup, on n’est plus dans notre train-train quotidien. On se fait réveiller par l’hélicoptère qui tourne dès le lever du jour. On arrive au petit-déjeuner et on voit plein de visages inconnus. On se demande si on doit continuer à faire la bise à chacun le matin. On redevient anonyme, et même les gens que l’on aime bien sont très occupés, comme si Port-aux-Français s’était transformé en une grosse fourmilière où chacun s’affaire dans son coin sans s’occuper des autres. A la météo, nous n’attendions personne, nous avions relativement peu de matériel à réceptionner : j’ai changé deux cartes baro dans les récepteurs pour le radiosondage et hormis les bulletins d’assistance spéciale pour le Marion, c’est tout ce qu’on aura eu à faire de particulier pendant cette OP. Il y a eu la visite de personnalités officielles. J’ai fait participer M. le sénateur Gaudin à un lâcher de ballon dimanche.

Et puis avec l’OP, il y a eu l’arrivée du courrier, les colis tant attendus, des cadeaux de ma famille qui m’ont particulièrement émue. Mais aussi le départ du courrier, et tout à coup, je me suis rendue compte que je n’avais encore écrit aucune carte postale à envoyer par ce bateau. Je les ai écrites à la dernière minute lundi matin. Que ceux qui n’en recevront pas ce coup-ci me pardonnent, je ne les oublie pas pour autant…

Hier, il y a eu une dernière soirée où Totoche était noir de monde, prétexte à un dernier concert avec mes musiciens qui sont tous partis, devant un nouveau public qui ne connait pas encore mon répertoire par coeur, et puis aussi vite que tout ça a commencé, tout s’est arrêté.

Ca y est, l’OP est finie. Ça signifie plein de choses…
Les campagnards d’été sont partis. C’est autant de personnes qui étaient devenues des amis et qu’on ne reverra peut-être pas. La vie est ainsi faite et ça fait partie des règles du jeu.
Les nouveaux hivernants sont arrivés, des nouvelles têtes à connaître. Au bilan, nous sommes passés de 85 à 60 personnes à Kerguelen.
Les gens partaient par hélico vers le Marion, 5 par 5. Grandes embrassades et larmes. A chaque rotation d’hélico, je les voyais embarquer en me disant : « ben ouais, ça y est, lui/elle aussi, il/elle part… » Ca fait vraiment bizarre, quand le dernier hélico décolle. D’un seul coup, on réalise qu’on est « entre nous ». En à peine quelques heures de temps, la base s’est vidée. Ce matin et tout le week-end, ça a été la pleine agitation, avec les « interdistricts », les gens qui ne viennent que le temps de l’OP, les touristes, les VIP et la présence simultanée des partants et des arrivants. Et ce soir, 60 personnes et pas une de plus pendant 5 mois.
En fin d’après-midi, on est allé voir le Marion de loin quand ils embarquaient le dernier container. On a crié et fait des grands gestes, des appels de phare, donné des coups de klaxon pour saluer leur départ. Et après, nous sommes allés manger et découvrir la nouvelle configuration de notre mission.

Ce soir à table, nous avions une petite corbeille de fruits, destockée du Marion pour la base. Je ne sais pas combien de temps on aura des fruits à notre disposition. Le patrouilleur Albatros devrait passer dans quelques temps et apporter du complément en produits frais. Après le repas, Totoche s’est vidé très vite.

Si tout va bien, je repars en manip jeudi. C’est une autre histoire qui commence…