Liénor aux Kerguelen


Au pays des manchots royaux
24 mai 2010, 11:57
Filed under: découverte

Ca y est, je peux, dire : « j’y étais ! » Je suis partie une semaine pour accompagner les ornithos à Ratmanoff. Qui dit Ratmanoff dit ENORME colonie de manchots royaux, et qui dit manchots royaux dit manip ornitho. Jusque là, ça se tient.

Je suis donc partie dimanche 17 en compagnie des deux VCAT ornithos, Pierrick et Alexis, et avec François, par un soleil radieux, pas un nuage, belle journée anticyclonique comme nous en avions depuis 3 jours. Première étape : Pointe Morne, ou nous rejoignons les écobios Lise et Clément et leur manipeuse Audrey le temps d’une soirée crêpes. Mais avant ça, tant qu’il faisait encore un peu jour, on est allé prospecter dans les colonies de cormorans pour faire de la reconnaissance visuelle : en gros, si on voit des individus bagués, on le note, comme ça après on sait que tel jour on a vu tel individu à tel endroit. Eh oui, on fait une manip ornitho jusqu’au bout ! On a d’ailleurs retrouvé un oiseau que nous avions bagués ensemble, Alexis et moi, à Pointe Suzanne…

Je vous sens piaffer d’impatience. Moi aussi, donc le lendemain 9h, on se motive, une fois la cabane rangée, on remet les bottes aux pieds et le sac sur le dos, et on longe la côte, kilomètre par kilomètre en slalomant entre les éléphants de mer (ça fait plaisir d’en revoir, il n’y en a presque plus à Port-aux-Français à cette saison) Quand on est arrivé vers Pointe Charlotte, on a fait une pause pique-nique, histoire de recharger les batteries. Et à partir de là, la côte n’a plus la même tête. C’est de la plage, de plus en plus large, de sable noir, et ça s’est passé comme les autres m’ont dit : il y a quelques manchots, puis des petits groupes de manchots, puis des groupes plus gros, puis des groupes nombreux puis, puis, puis… puis des innombrables manchots qui marchent tous dans la même direction que nous pour rejoindre une foule immense de manchots, et là, on est arrivé car on voit la cabane du guetteur.

Le guetteur, c’est le nom d’une manip ornitho qui a eu lieu en février. Allez voir sur le blog d’Alexis (en lien sur mon blog) il vous expliquera… Les ornithos équipent les manchots avec divers types de balises, les manchots repartent en mer, les balises font plein de mesure, et tôt ou tard (et cette année c’était très tard) ils reviennent se prélasser sur la plage de Ratmanoff, voir leur conjoint et nourrir leur poussin…Donc quand ils reviennent, il faut intercepter les manchots et récupérer les balises. Voilà pourquoi les ornithos guettent le retour des manchots, des jours durant, les jumelles vissées sur les yeux en direction de la colonie. Sauf que cette année, les manchots sont revenus tellement tard qu’ils n’étaient pas tous de retour à l’OP d’avril, date à laquelle tout le monde, y compris les ornithos, doit être sur base. Donc depuis, il faut retourner de temps en temps à Ratmanoff pour explorer la colonie et voir si on ne retrouve pas les manchots équipés de balises. Chercher une balise dans une colonie de manchots royaux, c’est sans doute encore plus difficile que de chercher une aiguille dans une botte de foin. Donc plus il y a d’yeux mieux c’est, et cette semaine, il y avait 4 paires d’yeux.

Alors voilà, on arrive à la cabane de guetteur vers 16h, et on découvre, tous les petits modules de la cabane posés les uns à cotés des autres au fil des agrandissements de la cabane. La cuisine est équipée d’une grande fenêtre qui donne sur l’essentiel de la colonie, vers le nord, et c’est de là que le guetteur guette. Autant dire qu’on a une vue extraordinaire depuis la cabane, tous les manchots, des petits points noirs et blancs qui s’étendent à perte de vue, jusqu’à la fin de la baie en fait, et peut-être même au-delà… Saisissant, fascinant, oui… FASCINANT !!! Plein de manchots, qui y vont chacun de leur petit cri pour retrouver leurs petits au milieu de tout ça, donc plein de poussins bruns et duveteux aussi qui piaillent, et puis chacun fait des allers-et-venues, seul ou en groupe, ça forme des immenses processions, comme un pèlerinage de gens tous vêtus uniformément de blanc sur le ventre et de gris sur le dos. De temps en temps quelques élephants font la sieste ou se tapent dessus en attendant de devenir des gros pachas prétendant au titre de roi du harem, et au dessus de la foule, les pétrels géants guettent s’il n’y a pas un volatile un peu faiblard qui pourrait servir de casse-dalle. Et puis des goélands et des skuas. Et on a passé toutes nos journées à se balader dans ce décor, par tous les temps. En plus, à Ratmanoff, il y a le sable soulevé par le vent sur la plage et les vagues de l’océan qui se brisent avec plein d’embruns parce qu’il y a plein de vent, et puis les nuages, et puis des levers et des couchers de soleil, des averses de neige… Bref, si j’avais eu mes trois appareils photos, je me serais probablement servie des trois tout le temps. Mais là, j’avais fait le choix de ne prendre que mon compact numérique et mon boîtier argentique pour m’essayer à la photo noir et blanc. D’ailleurs, la photo a été l’un de nos principaux sujets de conversation le soir en cabane ou quand il faisait vraiment trop moche et froid pour courir après un hypothétique manchot perdu au milieu de la colonie avec sa balise sur le dos… Nous avions 7 appareils photos pour 4. On a aussi fêté les 25 ans de Pierrick (le 18 mai), on ne s’est pas laissé dépérir.

Bilan de la manip (quand même, on est là pour la Science !) on a retrouvé un manchot équipé d’une balise Argos et un autre équipé d’un GPS. Franchement, ce n’est pas si mal vu qu’on cherchait l’introuvable. Comme ça, j’ai essayé de tenir un manchot entre les mains et je me suis rendue compte de ce qu’était la force légendaire que ces animaux ont dans leurs petits bras. On a aussi pesé quelques poussins.

Retour samedi 22, réveil à 6h du matin pour partir de la cabane vers 8h1/2, hardi petit, tout droit au GPS à travers la péninsule Courbet. On a eu de la chance niveau temps. C’était prévu « ciel de traîne active avec averses de grésil et neige ». Il y en a eu, on les voyait arriver, les gros mamelons blancs qui dégoulinent des Cb, mais elles nous ont presque toutes évitées, tout au plus a-t-on eu trois flocons à un moment donné. Sinon, on a marché sous le soleil, avec quand même le vent majoritairement de face. Ce n’est pas un mystère, je marche moins vite que la plupart des marcheurs ici, donc j’ai passé pas mal de temps 500 m ou 1 km derrière, mais comme c’est tout plat… A part quelques lacs à contourner de temps en temps, rien d’extraordinaire. De l’acaena, soit sèche, soit humide, mais dans ce cas gelée, et des cailloux. On est passé à coté des roches jumelles, curieux tétons qui dépassent dans le paysage et qu’on voit donc à des kilomètres, et de là on voyait la boule du CNES qui n’en finit pas de se rapprocher. Rivière Norvégienne, rivière du Château, et puis, un pied devant l’autre, un abricot sec quand le voyant des batteries s’allume, finalement, on est arrivés au CNES à 15h, le repas de midi avait été gardé de coté pour notre arrivée. Steak-frite micro-ondé et hop, sous la douche !



Six mois sous les nuages
14 mai 2010, 17:18
Filed under: Uncategorized

Cela fait six mois que j’ai quitté la France. Devant le succès de l’opération « nuages » du troisième mois, je réitère donc avec les nouveautés de la collection « automne 2010 », et je propose tout ça un peu en vrac, juste pour le plaisir des yeux.

10/05/2010. Le départ du chaland se fait maintenant avant le lever du soleil

01/04/2010. Le beau temps après la tempête

Allez, une petite série « ciel de traîne »…

15/04/2010. L’averse arrive de l’ouest… et la voici 5 minutes plus tard sur le CNES juste à l’Est.

Et puis les autres photos qui me plaisent, comme ces piles d’assiettes dignes d’un  cours d’obs’.

10/05/2010

La mer d’huile se fond dans la couche d’Altostratus autour des falaises de la presqu’île du Prince de Galles :

12/04/2010

Le même jour, vue sur le massif du Crozier (ces deux photos-là, je les aime vraiment bien, peut-être parce que le trajet en chaland n’a jamais été aussi paisible ?)

Mais il ne fait pas toujours gris à Kerguelen. Pour preuve, ce jeu de formes dans les nuages élevés au-dessus de l’antenne GPS de la station météo (29/04/2010) :

Ou ce coucher de soleil sur les Monts du Chateau…
06/05/2010.

Voire cet autre coucher de soleil pour lequel j’ai quitté la chaleur réconfortante de ma chambre pour mitrailler un peu (07/05/2010)

Après, la nuit, ce ne sont plus les nuages qui m’intéressent… En attendant de voir une aurore australe photographiable ?

05/05/2010 juste avant 23h, vers l'Est

Et comme un peu de narcissisme n’a jamais fait de mal…

26/02/2010



Visite de l’Albatros
6 mai 2010, 11:48
Filed under: vie de la base

Je suis un peu muette ces derniers temps, peu inspirée à vrai dire par mon quotidien pafien.
Pourtant, les jours se suivent et ne ressemblent pas tous. Ainsi, jeudi dernier, à l’heure où je finissais mon radiosondage, j’ai vu un rocher que je n’avais pas repéré dans mon paysage, au niveau de la passe royale. Après avoir pris une bonne paire de jumelle, il s’est avéré que le rocher n’en était pas un mais bel et bien un bateau, un bateau gris que j’ai reconnu au premier coup d’œil pour l’avoir vu lors de l’escale à Crozet en novembre dernier : il s’agit du patrouilleur Albatros. Et si la vue de cet oiseau de mer m’a tant réjouie, ce n’est pas tant à la perspective de voir plein de têtes inconnues venir peupler Totoche pendant deux jours, mais bel et bien parce que, comme annoncé, celui-ci nous apporte les fruits et légumes frais dont nous n’osions plus rêver.
Cela dit, les marins ayant débarqué à terre se sont offert une petite visite de la base comprenant un passage obligé à la station météo, avec toujours la même question : comment sera la mer quand nous serons repartis ? A vrai dire, la seule réponse que je pouvais donner, c’était que cela dépendait de leur itinéraire, et tous ne savaient pas forcément vers où ils feraient route en quittant le Golfe du Morbihan… Difficile d’être prévisionniste quand on ne connait pas le besoin de l’usager !


Qu’à cela ne tienne, le folklore tient toujours et donc vendredi, je n’ai jamais vu autant de monde à la fois dans ma petite station météo : une bonne quinzaine de marins sont venus jouer les apprentis météorologues en assistant au lâcher quotidien de ballon-sonde. Me voilà toute déconcentrée lorsque je prodigue mes conseils habituels à celui qui s’est dévoué pour opérer. Tant de monde ! Bilan : un ballon un peu sous-gonflé qui a atteint l’altitude honorable de 23014 m…

Journées de travail et jours de repos : je suis allée passer le week-end à la cabane Jacky pour renouer avec le plaisir de la pêche à Kerguelen dans la rivière du Sud. La journée de samedi n’a rien donné malgré une belle touche ratée de peu. Et puis les conditions météos se sont dégradées, il a plu toute la nuit et le lendemain, le bruit de la pluie et du vent sur le toit de la cabane ne donnait pas franchement envie de sortir.  Mais finalement, comme souvent à Kerguelen, le ciel s’est dégagé bien vite et nous avons pu profiter d’une belle matinée pour attraper 4 truites, dont deux beaux spécimens de truites de mer qui avaient profité de la montée des eaux pour remonter la rivière depuis l’embouchure.

Météo toujours : alors que la tempête balayait le sud de la France,  mardi nous avons battu ici notre record de vent depuis le début de la mission :  33m/s (119 km/h) en vent moyen et  46 m/s (166 km/h) en rafales. Mais il est vrai qu’à Kerguelen, les conséquences sont moins impressionnantes. Il y a quand même eu quelques dégâts du coté du bâtiment géophy et des hangars de l’appro. Quand on dit que l’hiver arrive…