Liénor aux Kerguelen


Mindwinter J-1
19 juin 2010, 18:04
Filed under: vie de la base

C’est bien la première fois qu’il neige le jour de mon anniversaire… Il est comme ça, le mois de juin ici, c’est la saison du blanc. Oh, rien avoir avec ce que nos collègues de Dumont d’Urville doivent subir, néanmoins on a eu nos premières vraies congères. Petit rappel de la situation météorologique : vendredi 11 au matin, il a neigé sans vent (oui, SANS VENT pendant presque 3h d’affilée, 0 en vent moyen et 0 en rafales !!!) J’ai pu mesurer sans difficulté 3 cm sur la planche à neige. Et puis l’après-midi, on est passé en ciel de traine, encore deux petites averses, et surtout, le vent s’est levé. Rien d’extraordinaire, 68 km/h en vent moyen, rafales à 104 km/h, une force de vent très habituelle pour Kerguelen, MAIS…

-D’abord il a fallu que je cherche dans mes petites tables quel était le code du « chasse-neige » pour le temps présent, c’est un code qu’on utilise tellement rarement en métropole que même à l’école de la météo on ne l’apprend pas…

-Ensuite, ça a été assez épique de revenir le soir à Port-aux-Français vers 18h (donc de nuit) avec des congères qui commençaient à se former et aucune visibilité car la neige était soulevée bien au-dessus du niveau du pare-brise de la voiture. Heureusement à cette saison, il n’y a pas d’éléphant de mer qui traverse la route. C’est drôle de rouler dans une congère, surtout que ce n’est pas une légende, le petit bout de route non revêtue qui relie la RN66 de Kerguelen à la station météo est le rendez-vous de toutes les congères de la base. Bon, ce coup-ci ça a été, comme il n’avait neigé que 3cm, les congères ne sont pas montées trop haut et la route est restée malgré tout praticable. Le lendemain matin, j’ai eu bien du mal à retrouver la planche à neige dont la tige dépassait à peine de la congère qui s’était formée devant la station météo alors que partout ailleurs, tout avait été soufflé. Comment doit-on mesurer la hauteur de neige dans ces cas-là ? Joli petit mur de neige aussi autour de l’abri de gonflage des ballons, et l’éclairage du lever de soleil donne une couleur de glace à la fraise arrosée de chantilly à tout le décor.

Redoux spectaculaire lundi et mardi avec respectivement 11,3°c et 12,5°C de température maximale. Un temps idéal pour aller célébrer un (faux) mariage à Notre-Dame des Vents. Expliquer le pourquoi de cette cérémonie serait une longue histoire que seul un délire propre à la vie de Kerguelen peut justifier. A part ça, la campagne pour l’élection tant attendue du « onzeker » a débuté, les forces en présence usent de tous les stratagèmes imaginables pour ratisser les voix des électeurs. Alors qui du chef du village gaulois Toupetix, du chef du gang des rebelles de Kerwest, et du leader du PEDK (parti pour l’enrichissement de Kerguelen) sera intrônisé pendant les festivités de la midwinter ? Réponse après-demain soir au plus tard, à l’issue du deuxième tour des élections.

Quant à moi, prenant soin de ne pas prendre parti tout en négociant la reconnaissance de mon talent de la part des futurs élus potentiels, je prépare dans mon coin une petite surprise dont je vous laisse imaginer la teneur… Et avec tout ça, j’ai à peine vu l’Osiris et sa célèbre passagère Abby Sunderland.



Des baleines et des chats
6 juin 2010, 10:51
Filed under: découverte

Après Ratmanoff et son immense manchotière, il me restait encore un endroit que je voulais absolument découvrir ici : Port Jeanne d’Arc, plus souvent appelé PJDA ici, l’ancienne usine baleinière (la seule du territoire français). Les restes de l’usine sont classés et font l’objet d’une réhabilitation de la part des TAAF, aussi les accès à ce site sont réglementés et le seul à s’y rendre durant l’hivernage, c’est le « popchat » car c’est l’un de ses sites d’étude (avec Ratmanoff, Port-Couvreux, Sourcils Noirs et Port-aux-Français)
Il y a quelques temps déjà, j’avais donc sollicité Léo, le VCAT popchat, pour savoir si je pouvais lui servir de manipeur le jour où il irait à PJDA, ainsi je faisais d’une pierre deux coups dans mes découvertes : je découvrais PJDA et je découvrais le travail du popchat.

Concernant l’usine, on l’a vue et revue en photo, et on fait ses propres photos des fûts rouillés, des vieilles barques éventrées et de tout ça. C’est sûr, ça offre un sacré spectacle, mais finalement, à force d’y vivre, on s’habitue au déco. Je m’attendais à quelque chose de plus fantomatique peut-être ? Je n’ai pas été saisie par toutes les interrogations des uns et des autres qui se sont épanchés dans le cahier de cabane sur le bien fondé de la restauration de PJDA, le souvenir de la pêche à la baleine qui fut un massacre écologique, ce genre de chose. Platement, mon œil parcourant tout cela n’y voit qu’une succession de formes géométriques, cylindres, engrenages et tuyaux désordonnés et ordonnés pour former une œuvre d’art contemporain. Par contre on a eu la chance en sept jours de voir ça par tout type de temps, soleil, pluie, vent, neige, pleine lune… A part les tas de rouille et de vieilles planches, le décor est chouette, les montagnes de la presqu’île Jeanne D’Arc, la vue sur le massif Gallieni depuis le halage des Swains, sur la presqu’île Ronarch sous un autre angle que depuis PAF, l’île longue en face, etc. Il n’y a pas à dire, Kerguelen, c’est toujours aussi beau, avec ou sans usine en ruine.

La manip popchat, ça m’a finalement bien plu. Il ya deux types de travail pendant cette manip : un transect, c’est-à-dire un chemin à suivre le long duquel nous cherchons dans le décor à la jumelle si nous voyons des chats. Avec un télémètre, Léo note à quelle distance il les voit depuis quel point du transect, et dans quelle direction. Le transect de PJDA fait 2,7 km entre l’usine et le halage. On l’a fait plusieurs fois, le but étant d’avoir à la fin de la manip 30 observations de chats. Ça fait une belle petite balade, et le halage est vraiment un endroit très joli avec vue sur la baie du halage, le Ross si le temps le permet, ou au moins la pyramide Branca, et le Dôme Rouge. La deuxième chose à faire, c’est des captures : on pose des cages avec des appâts dedans (des lapins morts sur lesquels on aura fait quelques prélèvements à des fins d’analyse). Ensuite tous les jours, idéalement deux fois par jour matin et soir, on fait le tour des cages pour voir s’il y a un chat dedans. Et s’il y en a un, on le rapporte à la cabane, on l’endort et on lui fait un certain nombre de mesures (longueur des pattes, des dents, dimension de la tête, etc.) et prélèvements (prise de sang, poils, …) avant de le relâcher dans la nature. Les chats de Kerguelen sont baptisés. Lors de notre session nous avons donc attrapé un chat déjà baptisé « Clark Gaibeul 2 », une chatte qui s’appelait « Laventure » et un nouveau chat qu’on a baptisé « Pantera ». Par ailleurs, deux chattes qui avaient compris comment se nourrir à moindre frais sont venus plusieurs fois se faire re-piéger. Dans ce cas, on ne refait pas de prélèvement sur elles au cours d’une même session, donc on se contente de les relâcher et on a déplacé les pièges. Toutes ces mesures permettent de faire du suivi de population, de voir comment les individus évoluent, s’ils vivent vieux, etc.

Et comme on a eu de la neige, on a fait un peu de « flexo-luge ».
Le flexo, c’est le pantalon ciré qu’ils nous fournissent dans le paquetage. Pratique quand on tient un cormoran ou un pétrel sur ses genoux, pratique quand on traverse des souilles, et pratique quand on fait des glissades… Hélas, le redoux est arrivé vite fait avec son lot de pluie et de vent.