Liénor aux Kerguelen


Un week-end à Studer
30 juillet 2010, 00:20
Filed under: découverte

C’était il y a deux semaines, déjà… Je m’en serais voulue de quitter Kerguelen sans avoir été jusqu’à Val Studer, à environ 4h de marche de Port-aux-Français. Voilà plus d’un mois que je n’avais pas quitté la base, il fallait remonter au 8 juin pour un court aller-retour à Molloy sur deux jours (tellement rapide que je ne crois pas en avoir parlé dans mon blog) Ca me démangeait dans les jambes, c’eut été dommage de ne pas faire encore une manipette avant de partir. Retrouver encore un peu la vie de cabane, marcher dans les souilles et l’acaena, traverser des rivières, subir le vent, regarder les nuages s’accrocher aux montagnes et avoir le souffle coupé par la majesté de ces dernières. Studer aurait pu être ma première destination, elle aura été la (ou l’une des) dernière(s). Et en trois jours, j’ai retrouvé tout ce qui fait que Kerguelen est Kerguelen.

Nous sommes partis samedi 17 au matin avec Bernard, Alex et François. Ludo nous a déposé en 4*4 un peu avant Jacky, ce qui fait gagner une heure de marche. Nous avons grimpé sur le plateau de Tussoc pour profiter de la vue sur les sommets au-dessus (Monts Amery et Crozier, qui étaient dans les nuages) et Val Studer en contrebas. C’était très chouette, même si nous avions un bon petit vent de face assez fatiguant. On a franchi une cascade en escalier, on a encore un peu marché sur le plateau et on est redescendu le long d’un ravin au fond duquel il y a une impressionnante cascade qui bouillonne. Et nous sommes arrivés à la cabane pour le repas de midi.
L’après-midi, je suis allée au bord du lac avec Bernard et Alex pour jouer un peu avec ma canne à pêche, sans succès. En plus il y avait pas mal de vent, ça faisait des grosses vagues sur le lac qui se brisaient sur les rochers où j’avais pris place, on est vite trempé.

Le lendemain, dimanche matin, nous sommes allés d’abord allés au pied de la cascade qu’on avait vue d’en haut la veille. Il tombe des trombes d’eau et les montagnes ont le nez dans les nuages, le temps d’aller voir la cascade qui est tout à coté de la cabane, il s’est mis à y avoir des flocons. Les falaises prennent petit à petit des allures fantomatiques ; pas très engageant. Finalement, on s’est dit qu’on était à Kerguelen et qu’il fallait en profiter. Alors on a été jusqu’au ravin des micas que l’on a commencé à remonter, il s’est mis à neiger de plus en plus fort et le vent s’est levé. On a mangé un sandwich à l’abri d’un rocher, la neige commençait à tenir au sol… Que faire ? Vue les conditions météos et de terrain (ça faisait une heure que l’on remontait un torrent dans un éboulis) on a décidé qu’il serait prudent de faire demi-tour, de toutes façons, on ne voyait rien des paysages. Moi qui voulais aller vers les Montagnes Vertes, ça semblait bien compromis. On est retourné se mettre au sec à la cabane. Evidemment, il s’est arrêté de neiger quand nous étions rentrés, mais il commençait à se faire tard et il n’était plus envisageable d’y retourner (on n’avait plus le temps d’aller plus loin que là où nous avions fait demi-tour et d’en revenir avant le coucher du soleil) Alors tant pis, on a sorti nos bouquins en attendant le soir.
Le lundi matin, on est parti de bonne heure parce que François voulait être rentré pour midi. Départ de la cabane à 8h1/4 dans la neige, une pause de 10 minutes à Jacky pour boire un thé et nous sommes arrivés à PAF à midi, juste bien pour le repas.

A part ça, l’ambiance a été très bonne. Alex a cuisiné les deux soirs, on a fait des parties de belote à n’en plus finir et on a bien rigolé. Tout en convivialité, comme souvent en cabane !

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Un peu de douceur dans ce monde de brut
15 juillet 2010, 14:04
Filed under: vie de la base

Une fois n’est pas coutume, parlons météo. Début juillet, il n’y a pas qu’en France que la canicule sévit. On pensait venir à Kerguelen pour trouver des conditions climatiques rudes, et on est tout étonné de subir une vague de douceur. Le 11 juillet, la température minimale a été de 8,6°C, ce qui en fait la deuxième température minimale la plus chaude pour un mois de juillet depuis l’ouverture de la station, tandis que le mercure est monté à 12,6°C au meilleur de la journée, classant cette journée au 5ème rang des journées les plus chaudes de juillet. Oh, je vous vois sourire sous vos 35°C, mais c’est qu’ici, nous ne sommes plus habitués !

Cela dit, l’hiver a bien fini par reprendre ses droits et des averses de neige sont arrivées le 13. Les cérémonies du 14 juillet se sont donc déroulées sous les flocons, même si ce n’est pas tombé en quantité et que certains ici s’impatientent et attendent des occasions de sortir leurs luges.

Pas de feu d’artifice à Kerguelen, mais une petite aurore australe ce matin pour les lève-tôt, aperçue quand j’ai passé l’obs de 00 UTC.

A part ces petits commentaires d’ordre professionnel, j’occupe mon quotidien pafien en faisant des gâteaux (j’ai perdu la main coté cuisine) ou en embarquant sur le chaland en touriste dans le labyrinthe des îles du Golfe pour  savourer encore un peu la beauté de Kerguelen… Peut-être était-ce la dernière fois que je montais à bord de l’Aventure II ? Je ne sais pas encore si c’est le cas, toujours est-il que cela m’a donné un peu de matière pour la prochaine sélection de nuages. A suivre, donc…



La fiesta de l’hiver
5 juillet 2010, 17:39
Filed under: vie de la base

Déjà 10 jours que la vie sur la base a repris son rythme normal après la Midwinter. A la fois c’est passé vite et à la fois ça a été tellement dense qu’il n’aurait pas fallu que ça dure trop longtemps. C’est un peu frustrant parce qu’il s’est passé vraiment plein plein de trucs, mais je ne peux pas tout raconter dans les détails.

Ça a commencé dimanche 20 au soir, avec le premier tour de l’élection du Onzeker. Les Gaulois sont arrivés en tête et le PEDK en deuxième. Le lundi matin, course d’orientation par équipe dans le périmètre de la base. L’après-midi, c’était la course de chars nautiques à « Central Park ». Le lac avait gelé, la première équipe à passer à dû briser la glace. Mon équipe partait en avant-dernier. Je devais être sur le char. J’étais super-confiante avec notre magnifique char-manchot qui glissait pour ainsi dire tout seul sur l’eau quand on avait fait des essais la semaine d’avant. Et ça n’a pas loupé, on n’avait pas fait 10m que le char s’est renversé… Bah, j’ai pris ça en rigolant, si personne ne passe à la flotte dans ce genre de jeu, ce n’est pas drôle. Si je puis dire, ça ne m’a fait ni chaud ni froid tellement j’étais prise dans le jeu et le feu de l’action, ma seule pensée a été « moi au moins, je n’ai pas perdu le témoin, pas comme l’équipe d’avant ». Lundi soir, deuxième tour de l’élection du Onzeker, remportée par Toupetix. Il y avait aussi ce soir-là l’élection de Missker : 5 candidates travesties, les « vraies » filles sont membres du jury. Je crois que j’ai été morte de rire toute la soirée. Et comme le veut la tradition, le couple « Onzeker-Missker » a investi la Résidence avec une partie de la population de PAF pour en chasser la disker qui avait d’ailleurs joué le jeu et déjà déménagé.

Mardi, c’était rendez-vous à 10h30 à la flottille pour un baptême de baignade en eaux subantarctiques. Ayant vraiment bien supporté mon plongeon forcé de la veille, j’ai testé ; 2°C, 25 m à parcourir partiellement en nageant. Eh bien maintenant, je comprends pourquoi l’espérance de vie n’est que de quelques minutes dans une eau aussi froide. Tant qu’il y avait assez de fond pour marcher tranquillement, ça allait. Mais quand j’ai commencé à vouloir nager la brasse, je me suis rendu-compte que j’avais le souffle coupé, plus aucune énergie, chaque mouvement est une lutte tellement les muscles sont tétanisés. Quand je suis sortie de l’eau, je suis tout de suite partie à la station météo passer l’obs de 11h, j’étais encore en maillot de bain. J’ai pris une bonne douche chaude ensuite. A midi barbecue, et l’après-midi je suis restée à la station météo. Il a d’ailleurs fallu que je refasse un ballon, j’étais donc très en retard pour faire mon déguisement pour la soirée. Parce qu’en plus, les soirées étaient des soirées à thème : dimanche, soirée ch’tis, lundi, soirée bretonne, et mardi, vous devinerez aisément en voyant mon costume. Mercredi après-midi, Ker-messe, avec plein de petits jeux marrants : chamboule-tout, « chamboule-touk » (ça c’était drôle), course en sac, course de ski, tir au pistolet à plombs, funambule, tir aux buts, lancé de rondin, lancer de bottes avec les dents, etc. En fin d’après-midi, tournoi de jeux de cartes, puis soirée réunionnaise. Jeudi c’était la journée du Onzeker : livraison du petit déjeuner à domicile. Ensuite, on a fini les épreuves de la kermesse car tout le monde n’avait pas eu le temps de jouer à tout. Il y a eu un tournoi de tir à la corde et notre équipe a vaincu toutes les autres équipes, même celles dans lesquelles il n’y avait que des gros balèzes ! A midi, c’était pique-nique à Totoche. J’ai bien aimé le principe : ils ont pris tous les pots de fausses plantes vertes, ils les ont posés un peu partout, ils ont mis des couvertures par terre au pied des plantes et il n’y avait plus qu’à se servir en charcuterie, salade de riz et parts de quiches et pizzas. L’après-midi, match d’improvisation. Ensuite, le parti des Gaulois et le PEDK ont projeté un petit diaporama façon journal people sur la vie du Onzeker et de Missker que je n’ai que partiellement vu parce que juste après, je dansais. Après cela, la petite Marie a chanté quelques chansons a capella et ça a été la cérémonie de remise des « Seize-arts » de la Midwinter. A la surprise générale, mon équipe est arrivée deuxième, grâce à une remontée fulgurante au classement général après la kermesse et le tournoi cartes-domino. Il faut dire qu’avant cela, nous étions bons derniers. Elle a également remporté le trophée de l’équipe la plus revendicative, ce dont finalement je suis assez fière … Jeudi soir, c’était repas « hamburger », feux de la Saint Jean, puis soirée en boîte pour clôturer la mid, dans tous les sens du terme puisqu’il s’agissait d’une soirée dansante à thème «punk» organisée dans les containers devant B17.

Pleins de grands moments de convivialité, tout s’est déroulé dans une ambiance bon enfant, sans débordement, juste le plaisir d’être tous ensemble pour jouer. Et puis comme tant de gens me l’avaient prédit, la page de la Midwinter est tournée et ça sent déjà la fin de mission et le départ. Il reste pourtant deux mois, il y a encore le temps de profiter un peu de tout ce qui fait de cette mission à Kerguelen un moment exceptionnel dans ma vie !