Liénor aux Kerguelen


La douce chaleur d’Amsterdam
14 octobre 2010, 15:22
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Le 8 septembre au matin, nous sommes arrivés en vue de l’île Amsterdam, après être passé à distance de l’île Saint Paul, de nuit. Le cône volcanique se dresse devant nous, isolé au milieu de l’océan ; 7 km de diamètre à peine, et un univers qui me faisait lui aussi bien rêver. Le 9 au matin, l’hélicoptère me débarque avec quelques autres « interdistricts » et mon rêve de voir l’île Amsterdam se concrétise. La première sensation qui me saisit en sortant de l’hélicoptère, c’est l’atmosphère : il fait doux, l’air est parfumé d’odeurs végétales, ça sent le printemps, c’est le choc alors que nous avons quitté des îles Kerguelen blanchies par des chutes de neige toutes récentes (il avait neigé abondamment l’avant-veille de notre départ)

Quelques heures à peine sur ce bout de caillou perdu de l’océan indien. Le temps de faire un aller-retour de la base Martin de Viviès jusqu’au cratère Antonelli, revenir à midi pour savourer le buffet de spécialités locales (ah, les fameuses langoustes d’Amsterdam !) et repartir l’après-midi pour une autre petite balade. Du soleil, de la verdure, des arbres : dépaysement garanti ! Et on a été réembarqué à 17h, déjà…

Le fin mot de l’histoire, c’est que j’ai eu l’immense privilège d’être redébarquée le 10 pour des raisons professionnelles. Une rapide intervention sur le matériel météo, je ne suis pas restée plus d’une demi-heure à terre (oui, mais j’ai refait un dernier tour d’hélico !) et j’ai recroisé les hivernants d’Ams en pleins adieux comme nous l’avions été nous-même quelques jours avant. Drôle de sensation, j’ai préféré repartir le plus vite possible une fois mon travail accompli pour les laisser une dernière fois « entre eux ».

En quittant Amsterdam, la Marion a contourné l’île pour nous permettre d’admirer les falaises d’Entrecasteaux, hautes de 700m et peuplées d’innombrables albatros. Ce sera notre dernier regard sur les Terres Australes.

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Un week-end à Studer
30 juillet 2010, 00:20
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C’était il y a deux semaines, déjà… Je m’en serais voulue de quitter Kerguelen sans avoir été jusqu’à Val Studer, à environ 4h de marche de Port-aux-Français. Voilà plus d’un mois que je n’avais pas quitté la base, il fallait remonter au 8 juin pour un court aller-retour à Molloy sur deux jours (tellement rapide que je ne crois pas en avoir parlé dans mon blog) Ca me démangeait dans les jambes, c’eut été dommage de ne pas faire encore une manipette avant de partir. Retrouver encore un peu la vie de cabane, marcher dans les souilles et l’acaena, traverser des rivières, subir le vent, regarder les nuages s’accrocher aux montagnes et avoir le souffle coupé par la majesté de ces dernières. Studer aurait pu être ma première destination, elle aura été la (ou l’une des) dernière(s). Et en trois jours, j’ai retrouvé tout ce qui fait que Kerguelen est Kerguelen.

Nous sommes partis samedi 17 au matin avec Bernard, Alex et François. Ludo nous a déposé en 4*4 un peu avant Jacky, ce qui fait gagner une heure de marche. Nous avons grimpé sur le plateau de Tussoc pour profiter de la vue sur les sommets au-dessus (Monts Amery et Crozier, qui étaient dans les nuages) et Val Studer en contrebas. C’était très chouette, même si nous avions un bon petit vent de face assez fatiguant. On a franchi une cascade en escalier, on a encore un peu marché sur le plateau et on est redescendu le long d’un ravin au fond duquel il y a une impressionnante cascade qui bouillonne. Et nous sommes arrivés à la cabane pour le repas de midi.
L’après-midi, je suis allée au bord du lac avec Bernard et Alex pour jouer un peu avec ma canne à pêche, sans succès. En plus il y avait pas mal de vent, ça faisait des grosses vagues sur le lac qui se brisaient sur les rochers où j’avais pris place, on est vite trempé.

Le lendemain, dimanche matin, nous sommes allés d’abord allés au pied de la cascade qu’on avait vue d’en haut la veille. Il tombe des trombes d’eau et les montagnes ont le nez dans les nuages, le temps d’aller voir la cascade qui est tout à coté de la cabane, il s’est mis à y avoir des flocons. Les falaises prennent petit à petit des allures fantomatiques ; pas très engageant. Finalement, on s’est dit qu’on était à Kerguelen et qu’il fallait en profiter. Alors on a été jusqu’au ravin des micas que l’on a commencé à remonter, il s’est mis à neiger de plus en plus fort et le vent s’est levé. On a mangé un sandwich à l’abri d’un rocher, la neige commençait à tenir au sol… Que faire ? Vue les conditions météos et de terrain (ça faisait une heure que l’on remontait un torrent dans un éboulis) on a décidé qu’il serait prudent de faire demi-tour, de toutes façons, on ne voyait rien des paysages. Moi qui voulais aller vers les Montagnes Vertes, ça semblait bien compromis. On est retourné se mettre au sec à la cabane. Evidemment, il s’est arrêté de neiger quand nous étions rentrés, mais il commençait à se faire tard et il n’était plus envisageable d’y retourner (on n’avait plus le temps d’aller plus loin que là où nous avions fait demi-tour et d’en revenir avant le coucher du soleil) Alors tant pis, on a sorti nos bouquins en attendant le soir.
Le lundi matin, on est parti de bonne heure parce que François voulait être rentré pour midi. Départ de la cabane à 8h1/4 dans la neige, une pause de 10 minutes à Jacky pour boire un thé et nous sommes arrivés à PAF à midi, juste bien pour le repas.

A part ça, l’ambiance a été très bonne. Alex a cuisiné les deux soirs, on a fait des parties de belote à n’en plus finir et on a bien rigolé. Tout en convivialité, comme souvent en cabane !



Des baleines et des chats
6 juin 2010, 10:51
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Après Ratmanoff et son immense manchotière, il me restait encore un endroit que je voulais absolument découvrir ici : Port Jeanne d’Arc, plus souvent appelé PJDA ici, l’ancienne usine baleinière (la seule du territoire français). Les restes de l’usine sont classés et font l’objet d’une réhabilitation de la part des TAAF, aussi les accès à ce site sont réglementés et le seul à s’y rendre durant l’hivernage, c’est le « popchat » car c’est l’un de ses sites d’étude (avec Ratmanoff, Port-Couvreux, Sourcils Noirs et Port-aux-Français)
Il y a quelques temps déjà, j’avais donc sollicité Léo, le VCAT popchat, pour savoir si je pouvais lui servir de manipeur le jour où il irait à PJDA, ainsi je faisais d’une pierre deux coups dans mes découvertes : je découvrais PJDA et je découvrais le travail du popchat.

Concernant l’usine, on l’a vue et revue en photo, et on fait ses propres photos des fûts rouillés, des vieilles barques éventrées et de tout ça. C’est sûr, ça offre un sacré spectacle, mais finalement, à force d’y vivre, on s’habitue au déco. Je m’attendais à quelque chose de plus fantomatique peut-être ? Je n’ai pas été saisie par toutes les interrogations des uns et des autres qui se sont épanchés dans le cahier de cabane sur le bien fondé de la restauration de PJDA, le souvenir de la pêche à la baleine qui fut un massacre écologique, ce genre de chose. Platement, mon œil parcourant tout cela n’y voit qu’une succession de formes géométriques, cylindres, engrenages et tuyaux désordonnés et ordonnés pour former une œuvre d’art contemporain. Par contre on a eu la chance en sept jours de voir ça par tout type de temps, soleil, pluie, vent, neige, pleine lune… A part les tas de rouille et de vieilles planches, le décor est chouette, les montagnes de la presqu’île Jeanne D’Arc, la vue sur le massif Gallieni depuis le halage des Swains, sur la presqu’île Ronarch sous un autre angle que depuis PAF, l’île longue en face, etc. Il n’y a pas à dire, Kerguelen, c’est toujours aussi beau, avec ou sans usine en ruine.

La manip popchat, ça m’a finalement bien plu. Il ya deux types de travail pendant cette manip : un transect, c’est-à-dire un chemin à suivre le long duquel nous cherchons dans le décor à la jumelle si nous voyons des chats. Avec un télémètre, Léo note à quelle distance il les voit depuis quel point du transect, et dans quelle direction. Le transect de PJDA fait 2,7 km entre l’usine et le halage. On l’a fait plusieurs fois, le but étant d’avoir à la fin de la manip 30 observations de chats. Ça fait une belle petite balade, et le halage est vraiment un endroit très joli avec vue sur la baie du halage, le Ross si le temps le permet, ou au moins la pyramide Branca, et le Dôme Rouge. La deuxième chose à faire, c’est des captures : on pose des cages avec des appâts dedans (des lapins morts sur lesquels on aura fait quelques prélèvements à des fins d’analyse). Ensuite tous les jours, idéalement deux fois par jour matin et soir, on fait le tour des cages pour voir s’il y a un chat dedans. Et s’il y en a un, on le rapporte à la cabane, on l’endort et on lui fait un certain nombre de mesures (longueur des pattes, des dents, dimension de la tête, etc.) et prélèvements (prise de sang, poils, …) avant de le relâcher dans la nature. Les chats de Kerguelen sont baptisés. Lors de notre session nous avons donc attrapé un chat déjà baptisé « Clark Gaibeul 2 », une chatte qui s’appelait « Laventure » et un nouveau chat qu’on a baptisé « Pantera ». Par ailleurs, deux chattes qui avaient compris comment se nourrir à moindre frais sont venus plusieurs fois se faire re-piéger. Dans ce cas, on ne refait pas de prélèvement sur elles au cours d’une même session, donc on se contente de les relâcher et on a déplacé les pièges. Toutes ces mesures permettent de faire du suivi de population, de voir comment les individus évoluent, s’ils vivent vieux, etc.

Et comme on a eu de la neige, on a fait un peu de « flexo-luge ».
Le flexo, c’est le pantalon ciré qu’ils nous fournissent dans le paquetage. Pratique quand on tient un cormoran ou un pétrel sur ses genoux, pratique quand on traverse des souilles, et pratique quand on fait des glissades… Hélas, le redoux est arrivé vite fait avec son lot de pluie et de vent.



Au pays des manchots royaux
24 mai 2010, 11:57
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Ca y est, je peux, dire : « j’y étais ! » Je suis partie une semaine pour accompagner les ornithos à Ratmanoff. Qui dit Ratmanoff dit ENORME colonie de manchots royaux, et qui dit manchots royaux dit manip ornitho. Jusque là, ça se tient.

Je suis donc partie dimanche 17 en compagnie des deux VCAT ornithos, Pierrick et Alexis, et avec François, par un soleil radieux, pas un nuage, belle journée anticyclonique comme nous en avions depuis 3 jours. Première étape : Pointe Morne, ou nous rejoignons les écobios Lise et Clément et leur manipeuse Audrey le temps d’une soirée crêpes. Mais avant ça, tant qu’il faisait encore un peu jour, on est allé prospecter dans les colonies de cormorans pour faire de la reconnaissance visuelle : en gros, si on voit des individus bagués, on le note, comme ça après on sait que tel jour on a vu tel individu à tel endroit. Eh oui, on fait une manip ornitho jusqu’au bout ! On a d’ailleurs retrouvé un oiseau que nous avions bagués ensemble, Alexis et moi, à Pointe Suzanne…

Je vous sens piaffer d’impatience. Moi aussi, donc le lendemain 9h, on se motive, une fois la cabane rangée, on remet les bottes aux pieds et le sac sur le dos, et on longe la côte, kilomètre par kilomètre en slalomant entre les éléphants de mer (ça fait plaisir d’en revoir, il n’y en a presque plus à Port-aux-Français à cette saison) Quand on est arrivé vers Pointe Charlotte, on a fait une pause pique-nique, histoire de recharger les batteries. Et à partir de là, la côte n’a plus la même tête. C’est de la plage, de plus en plus large, de sable noir, et ça s’est passé comme les autres m’ont dit : il y a quelques manchots, puis des petits groupes de manchots, puis des groupes plus gros, puis des groupes nombreux puis, puis, puis… puis des innombrables manchots qui marchent tous dans la même direction que nous pour rejoindre une foule immense de manchots, et là, on est arrivé car on voit la cabane du guetteur.

Le guetteur, c’est le nom d’une manip ornitho qui a eu lieu en février. Allez voir sur le blog d’Alexis (en lien sur mon blog) il vous expliquera… Les ornithos équipent les manchots avec divers types de balises, les manchots repartent en mer, les balises font plein de mesure, et tôt ou tard (et cette année c’était très tard) ils reviennent se prélasser sur la plage de Ratmanoff, voir leur conjoint et nourrir leur poussin…Donc quand ils reviennent, il faut intercepter les manchots et récupérer les balises. Voilà pourquoi les ornithos guettent le retour des manchots, des jours durant, les jumelles vissées sur les yeux en direction de la colonie. Sauf que cette année, les manchots sont revenus tellement tard qu’ils n’étaient pas tous de retour à l’OP d’avril, date à laquelle tout le monde, y compris les ornithos, doit être sur base. Donc depuis, il faut retourner de temps en temps à Ratmanoff pour explorer la colonie et voir si on ne retrouve pas les manchots équipés de balises. Chercher une balise dans une colonie de manchots royaux, c’est sans doute encore plus difficile que de chercher une aiguille dans une botte de foin. Donc plus il y a d’yeux mieux c’est, et cette semaine, il y avait 4 paires d’yeux.

Alors voilà, on arrive à la cabane de guetteur vers 16h, et on découvre, tous les petits modules de la cabane posés les uns à cotés des autres au fil des agrandissements de la cabane. La cuisine est équipée d’une grande fenêtre qui donne sur l’essentiel de la colonie, vers le nord, et c’est de là que le guetteur guette. Autant dire qu’on a une vue extraordinaire depuis la cabane, tous les manchots, des petits points noirs et blancs qui s’étendent à perte de vue, jusqu’à la fin de la baie en fait, et peut-être même au-delà… Saisissant, fascinant, oui… FASCINANT !!! Plein de manchots, qui y vont chacun de leur petit cri pour retrouver leurs petits au milieu de tout ça, donc plein de poussins bruns et duveteux aussi qui piaillent, et puis chacun fait des allers-et-venues, seul ou en groupe, ça forme des immenses processions, comme un pèlerinage de gens tous vêtus uniformément de blanc sur le ventre et de gris sur le dos. De temps en temps quelques élephants font la sieste ou se tapent dessus en attendant de devenir des gros pachas prétendant au titre de roi du harem, et au dessus de la foule, les pétrels géants guettent s’il n’y a pas un volatile un peu faiblard qui pourrait servir de casse-dalle. Et puis des goélands et des skuas. Et on a passé toutes nos journées à se balader dans ce décor, par tous les temps. En plus, à Ratmanoff, il y a le sable soulevé par le vent sur la plage et les vagues de l’océan qui se brisent avec plein d’embruns parce qu’il y a plein de vent, et puis les nuages, et puis des levers et des couchers de soleil, des averses de neige… Bref, si j’avais eu mes trois appareils photos, je me serais probablement servie des trois tout le temps. Mais là, j’avais fait le choix de ne prendre que mon compact numérique et mon boîtier argentique pour m’essayer à la photo noir et blanc. D’ailleurs, la photo a été l’un de nos principaux sujets de conversation le soir en cabane ou quand il faisait vraiment trop moche et froid pour courir après un hypothétique manchot perdu au milieu de la colonie avec sa balise sur le dos… Nous avions 7 appareils photos pour 4. On a aussi fêté les 25 ans de Pierrick (le 18 mai), on ne s’est pas laissé dépérir.

Bilan de la manip (quand même, on est là pour la Science !) on a retrouvé un manchot équipé d’une balise Argos et un autre équipé d’un GPS. Franchement, ce n’est pas si mal vu qu’on cherchait l’introuvable. Comme ça, j’ai essayé de tenir un manchot entre les mains et je me suis rendue compte de ce qu’était la force légendaire que ces animaux ont dans leurs petits bras. On a aussi pesé quelques poussins.

Retour samedi 22, réveil à 6h du matin pour partir de la cabane vers 8h1/2, hardi petit, tout droit au GPS à travers la péninsule Courbet. On a eu de la chance niveau temps. C’était prévu « ciel de traîne active avec averses de grésil et neige ». Il y en a eu, on les voyait arriver, les gros mamelons blancs qui dégoulinent des Cb, mais elles nous ont presque toutes évitées, tout au plus a-t-on eu trois flocons à un moment donné. Sinon, on a marché sous le soleil, avec quand même le vent majoritairement de face. Ce n’est pas un mystère, je marche moins vite que la plupart des marcheurs ici, donc j’ai passé pas mal de temps 500 m ou 1 km derrière, mais comme c’est tout plat… A part quelques lacs à contourner de temps en temps, rien d’extraordinaire. De l’acaena, soit sèche, soit humide, mais dans ce cas gelée, et des cailloux. On est passé à coté des roches jumelles, curieux tétons qui dépassent dans le paysage et qu’on voit donc à des kilomètres, et de là on voyait la boule du CNES qui n’en finit pas de se rapprocher. Rivière Norvégienne, rivière du Château, et puis, un pied devant l’autre, un abricot sec quand le voyant des batteries s’allume, finalement, on est arrivés au CNES à 15h, le repas de midi avait été gardé de coté pour notre arrivée. Steak-frite micro-ondé et hop, sous la douche !



A travers le plateau central
15 mars 2010, 23:35
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Vendredi 5 mars. Nous avons quitté Saint Malo vers 9h1/2 avec Yann (géophy) et Séb (électricien CNES) pour 11 jours de manip, premier objectif : Val Travers. En fait, nous sommes quasiment allés jusqu’à Port-Kirk en ensuite, nous avons plus ou moins longé la côte, en  passant dans les vallées souilleuses. Après Gazelle, nous avons encore un peu marché en montant sur des rochers. Là, ça allait mieux, mais le mal était fait : j’avais les pieds trempés par des kilomètres de terrains marécageux arpentés en chaussures. Vers 17h, on s’est posé pour faire la vac et on a cherché un endroit pour planter la tente par là. Nous sommes en vue du fond du Havre du Beau Temps. L’endroit est pas mal, il y a un petit ruisseau qui nous sert de point d’eau, et on plante la tente sur un épais lit d’acéna. Chose étonnante : dans la nuit, je réussis à retrouver une sensation de pieds secs. Mais le lendemain matin, à la perspective de devoir renfiler mes chaussettes et mes chaussures trempées, je déprime. Bon, ce n’est qu’un mauvais moment à passer.

Deuxième jour : on redescend. On a le choix entre prendre la ligne droite en grimpant la barre rocheuse et passer par le haut, ou longer le lac Bontemps. Nous sommes passés par le lac. C’était interminable, mais plat. Et puis à un moment donné, l’inévitable : la falaise qui tombe à pic dans l’eau. Il a fallu grimper pour l’éviter. Du haut, on avait une superbe vue sur le lac, la Baie Irlandaise derrière et le Grand Ballon. Là, je commence à être émue parce que jamais je ne pensais que j’irais aussi loin en venant à Kerguelen : le Grand Ballon, pour moi, c’est déjà le nord de l’île, là où on ne va jamais ! Et rien que le fait de voir ça de loin, ça fait quelque chose. Et puis on finit par voir la cabane, minuscule point rouge sur la rive opposée du lac. Encore une heure et demie de marche avant de traverser la rivière de Val Travers. On se déchausse. J’enlève mon pantalon et mon surpantalon, et je traverse en slip, avec le sac sur le dos. J’ai de l’eau jusqu’au-dessus des genoux. C’est très froid, mais ça fait du bien aux ampoules qui se sont formées et ont fini par éclater d’elle-même au fond de mes chaussures. Sur l’autre rive, il y a toute l’équipe des écobios (David, Mathieu, Élodie, Lise et Anne-Claire) sur une colline rocheuse qui nous acclament en nous regardant passer la rivière : ça leur fait la télé, un petit spectacle pour eux. Il est 15h quand nous arrivons à la cabane. Yann, Mathieu et Séb prennent les cannes à pêches pour aller taquiner la truite au bord du lac tandis que je m’allonge au sec, je n’ai aucune envie de remettre mes chaussures. En fin d’après-midi, je me remotive pour aller goûter au plaisir d’un bain dans les sources chaudes. Le bassin « aménagé » pour se baigner est à 10 min de la cabane. C’est juste en contrebas des sources qui sortent parait-il à 65 °C, un endroit où le ruisseau s’élargit entre l’acéna ; un muret de pierre a été installé pour former un bassin de 2 mètres sur deux environ, et entre 20 et 50 cm de profondeur. Il y a un peu de vase au fond, mais ça fait tellement de bien de se plonger dans une eau à 40 ou 45°C ! Soirée à 8 personnes dans la cabane de Val Travers, petit module sommaire qui ferait passer celle de Pointe Suzanne pour un palace spacieux.

Dimanche, grand soleil, un temps idéal pour aller au déversoir du lac. Petite ballade, ce n’est qu’à deux heures de marche. Une fois passées les premières souilles aux environs immédiats de la cabane, on finit par marcher sur des rochers. Ca va mieux, il y a plein de fragments de géodes partout, on ramasse des cailloux, c’est joli. On aperçoit une chape de nuages qui recouvre la calotte glaciaire derrière nous, et puis enfin on arrive en vue du déversoir. Ça forme une belle cascade, le lac étant à 5 mètres au dessus du niveau de la mer. On déploie les cannes à pêches. Trois lancers, j’attrape une belle truite de 50 cm bien charnue. Au final, nous sommes revenus avec 9 truites de taille équivalente à la mienne (pour 8 personnes) Donc au retour à la cabane, on s’y est tous mis pour préparer un petit festin.

Lundi matin, réveil à 5h1/2 : les écobios doivent revenir sur Saint-Malo dans la journée. Ils sont partis vers 7h1/2, le temps semble clément. A nous la vallée des Merveilles ! Ça va être mythique. L’itinéraire qui nous a été conseillé passe par le Val des Moustaches et le col de la Soufflerie (tout un programme…) D’après les écobios et le cahier de cabane de Val Travers, mieux vaut ne pas le tenter si les conditions météos sont mauvaises. Nous faisons nos sacs, j’ai fini par laisser tous les cailloux que j’avais ramassés la veille, la tente est repliée, et en arrivant à hauteur du Val des Moustaches, au bout d’une heure de marche environ, le vent dans la figure, et le cumulonimbus scotché au col, qui lâche une averse de grésil de temps en temps. Ah, c’est joli, ça fait des beaux arcs en ciel au dessus du Val Travers, mais nous renonçons : escalader une barre rocheuse avec du vent de face qui nous déséquilibre, avec des averses qui réduisent la visibilité, ça ne nous parait pas sage. Nous avons attendu une bonne demi-heure voir si ça évoluait, mais ça n’avait pas l’air de s’améliorer.

Nous sommes donc retournés à la cabane manger nos restes de truites, planter la tente (nous ne pouvons pas utiliser la cabane) et nous baigner tous les trois ensemble dans les sources chaudes, sous la pluie. Au retour, nous avons essayé d’appeler avec l’iridium pour faire la vac, mais ça ne marchait pas. Donc Yann a pris la VHF et a entrepris l’ascension du Mont de la Tourmente. Quand il est revenu au bout d’une heure en disant : « j’ai perdu la zézette… » ça a été un gros coup pour le moral des troupes.

Le lendemain mardi, il pleut toujours. Nous ne tenterons pas la vallée des Merveilles aujourd’hui. On n’a pas fait la vac la veille, il faut qu’on retourne plus à l’est, dans les zones couvertes par la VHF et qu’on donne signe de vie, on ne peut pas tenir jusqu’au 15 dans ces conditions. En deux temps trois mouvements, on s’est décidé pour mettre à exécution le plan « Baie de l’Obs » : rejoindre les manipeurs qui y sont et se faire récupérer avec eux le 11. Tente repliée, sacs bouclés, 9h1/2, on amorce le chemin du retour. Retraversée de la rivière, un peu plus en amont, moins profonde, mais je me déchausse quand même. Et à partir de là, il faut grimper le rempart de Val Travers. Vers midi moins le quart, on fait une pause sur le plateau en haut, Seb allume notre deuxième zézette et on entend le petit bruit de souffle qui indique qu’on capte le relais. « BCR, BCR pour Val Travers ?

-oui, BCR écoute ! »

Ouf, on donne un signe de vie, on peut prendre la route. Yann allume le GPS. Sur le plateau en haut, on avance vite. Et puis arrive le moment où on se retrouve en haut du rempart, coté Est. Vue sur le plateau central, perspective magique : des kilomètres et des kilomètres de barres rocheuses et de falaises qui se succèdent, jusqu’à l’horizon. On descend du plateau sommital par un éboulis, l’occasion de faire quelques belles gamelles. Randonner à Ker, ça tient plus du ski que de la marche. J’ai un énorme bleu sur la fesse droite. Un peu plus loin, le vallon se resserre pour laisser s’écouler un torrent. Il n’y a pas d’autre issue. On saute de rochers en rochers, passant de part et d’autre du torrent comme on peut pour descendre, encore et toujours. C’est glissant et il se met à pleuvoir histoire de corser les choses, et puis un lac est en vue en bas. Coup d’œil à la carte : c’est le lac Elsa. On arrive au niveau du lac, on se pose à peine pour souffler, et  Séb nous fait remarquer : « je ne sais pas si vous avez vu, mais il y a des rennes, là. » Des rennes, depuis qu’on est parti de Saint Malo, on en a vu quelques uns : des individus isolés, ou par groupe de 3 ou 4. Mais là, au milieu de la vallée, sur le bord du lac, il y a un énorme troupeau. Au jugé, une centaine de têtes. Yann se dévoue pour sortir l’appareil photo. Je vous incite donc à guetter le prochain article sur le blog de Yann, j’espère qu’il publiera les photos que je n’ai pas prises !

Verdict du GPS : on a fait 6 km à vol d’oiseau depuis la cabane de Val Travers. A ce rythme, on n’est pas rendu. Mais à partir de ce point, ça a avancé très vite en suivant un chemin laissé par les traces de rennes. Pas besoin de faire le dahut dans le devers le long du lac. Ici, au milieu de Ker, il y a un sentier à suivre !!! Deuxième lac, toujours aussi rapide. Et on arrive dans la plaine du Gave de l’Azorella. Les barres rocheuses à droite et à gauche s’écartent et une grande étendue plate s’offre à nous. Il pleut toujours. Le paysage défile, les falaises de part et d’autre de la plaine ont un air fantomatique derrière le rideau de pluie. On a le vent dans le dos, on avance. On voit le bout de la plaine, là où les montagnes de droite et celles de gauche se rapprochent. A 17h, on est au bout. 17h30, la zézette capte, on entend le bulletin météo à la vac, mais notre appel reste sans réponse. « BCR, BCR de Séb ? » C’est comme si personne ne nous entendait. D’ailleurs, personne ne nous entendait. Séb et Yann montent sur un sommet pendant que je reste avec les sacs en bas. Rien n’y fait. Il est 18h, dans une heure et demie, il fait nuit, il est temps de songer à planter la tente. 30 à 35 kt annoncés pour cette nuit, mieux vaut s’abriter du vent. Nous avons fini par trouver un endroit à peine plus grand que la tente, plat, pas souilleux, à l’abri d’une montagne, mais on n’avait pas d’eau à proximité. A 20h, on était au fond de nos sacs de couchage et on dormait.

Enfin, moi, je dormais. A 5h1/2, Séb et Yann étaient réveillés. En route ! On a refait le plein d’eau dès qu’on a vu un ruisseau acceptable et on a avancé. Et puis on est arrivé au bord d’un lac, on a passé un petit col et là, on est arrivé devant un vallon avec une barre rocheuse en face. Yann dit : « c’est tout droit, il reste 5km » Découragement : tout descendre pour tout remonter, ça n’en finit jamais ! Mais on l’a fait. On est descendu et remonté en face, sur une paroi boueuse et glissante au possible, encore quelques chutes dans la boue, encore quelques coups dans les cailloux. Et du haut, enfin, je reconnais le paysage, la montagne en trois gradins au dessus du déversoir du lac de la Baie de l’Obs, celui où j’ai pêché en maillot de bain. Un petit lac, une rivière à traverser où je me déchausse une dernière fois, le contournement du fameux lac, et là, au loin, on voit des silhouettes qui se mettent à pêcher au déversoir. Pas après pas, on se rapproche. Je dis bonjour à Renaud et Ludo. Renaud, avec son rire habituel : « tu vas bien ? Plein le dos, plein les pattes ? » Honnêtement, le dos, les jambes, ça va. Des ampoules aux pieds mais c’est tout. Je lui réponds : « oh, ça va comme si on était parti de Val Travers hier matin ! » et je vois Renaud prendre un air ahuri. Je sens qu’on vient de faire un truc dont tout le monde n’est pas capable. Il reste 20 minutes de marche, je franchis le seuil de la cabane à midi. Elodie et Audrey sont en train de préparer le repas, elles attendaient le retour des pêcheurs, elles ont vu Séb et Yann arriver. On ajoute notre fond de charcuterie en guise d’apéro et nous étions 7 à table pour le repas.

Ouf, on l’a fait ! On a rallié Val Travers à Baie de l’Obs en 1 jour et demie, douze heure et demie de marche en comptant les pauses (peu nombreuses), 35 km à vol d’oiseau… Dernière question : le chaland pourra-t-il venir nous chercher ?

En arrivant à Baie de l’Obs, Séb et Yann ont fait une vac pour dire : « voilà, on est à Korrigans, on voudrait avoir confirmation qu’il peut y avoir 3 places sur le chaland pour rentrer demain sur PAF » Discussion avec la disker, le L2, le bosco… Ça semblait OK, sauf qu’à la vac du soir, on nous annonce une avarie sur le chaland. « Refaites une vac à 20h » A 20h, ce n’est toujours pas réparé. « Rappelez demain à 8h pour savoir s’ils ont pu partir ou pas ! »

8h jeudi matin : « C’est bon, le chaland est parti » ce qui signifie que Frank et Séb (mécano chaland) ont bossé toute la nuit pour résoudre le problème. C’est qu’il faut le ménager ce bon vieux chaland, avec l’OP qui approche à grand pas ! Dernière OP avant l’hivernage, dernier ravitaillement avant cinq mois d’isolement, quand les campagnards d’été seront partis, quand nous ne serons plus qu’une cinquantaine sur base et que les conditions climatiques s’empireront. Pas de doute ici, l’hiver se profile petit à petit.



D’une manip à l’autre
5 mars 2010, 02:02
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La fin de la campagne d’été approche à grand pas et l’envie d’en profiter encore un peu se fait sentir avant de voir les effectifs de la base se réduire comme peau de chagrin et les possibilités de sortie se limiter. Voilà donc comment je me retrouve à dire « oui » à toutes les sollicitations pour partir en manip, tant que cela ne nuit pas au bon fonctionnement de la station. Que chacun se rassure, mes collègues ne sont pas en reste.

J’ai donc enchaîné quatre jours de manip à l’île aux Cochons avec quatre jours de manip à Saint-Malo.  Le jour et la nuit…

A l’île aux Cochons, je suis partie avec Lise et Clément, VCAT écobios, pour faire des « transects  de végétation ».  Faire des transects de végétation, cela signifie que sur des zones définies, on relève le long d’une ligne de 20 m à raison d’un point tous les 10 cm quelles sont les espèces végétales en présence. Il y avait 44 transects à faire sur Cochons, et cela représentait pour Lise et Clément la dernière manip transect de leur mission.

Me voilà désormais incollable sur les noms latins des plantes qui poussent à Kerguelen, jusqu’à ce que j’oublie tout ce que je viens d’apprendre. On ne regarde plus le sol de la même manière après avoir scruté tout ça de plus près. Coté ambiance, beaucoup de travail sur le terrain, l’occasion de sillonner l’île dans tous les sens, en prenant garde de ne pas écrouler les terriers de pétrels, ce qui pourrait arriver à chaque pas si on n’y prenait pas garde. C’était mon premier séjour sur une île du golfe. Cochons fait 165 ha et culmine à 120m, ce qui fait que depuis le sommet, on a une vue assez jolie sur cette partie de l’archipel. Le soir, dans la cabane « abri de jardin » avec son nain qui garde l’entrée, retour au calme, petites bouffes entre amis et vidéos sur PC…

Retour sur PAF le 25 février, avec un arrêt « rabattage de moutons » à l’île Longue. Le temps de prendre une douche et de faire une lessive, me voilà repartie sur le chaland dès le 26. Mission : aller démonter la cabane IPEV de Saint-Malo qui fait double emploi avec la cabane TAAF qui est à quelques centaines de mètres de la première et qui ne sert plus.

Changement d’ambiance… D’abord, ce vendredi 26, il fait un temps splendide. Nous sommes nombreux à bord de l’Aventure II :

-pour le démontage de la cabane : Nina, Germain, Alain, Mickaël et moi.

-futurs colocataires de la cabane TAAF de Saint Malo : les « salmévols » et leur manipeur qui font des prélèvements de truites à Port Kirk : Jean-Christophe, Jose-Luis, François et François.

-Et en partance pour l’île Haute : Franck et Séb, sans qui le chaland resterait toujours à quai, et Anne-Claire et Emilie.

Sur le trajet, nous passons à Molloy pour récupérer des batteries et déposer/récupérer du matériel à la cabane… Une vraie maison en dur avec cuisine, salle de bain ! Certes, c’est un peu défraîchi, mais quand on connait les autres cabanes, c’est du luxe absolu.

Et puisqu’on était à Molloy, on a remonté un peu la côte à pied pour aller voir une colonie de gorfous sauteurs un peu plus loin. Après, en longeant l’île Haute et en remontant l’anse de Saint-Malo, avec ce grand beau temps, la mer était si calme qu’on a pu deviser gaiement assis à l’avant du chaland.

Nous avons été déposés à 9 personnes à Saint-Malo avec tout notre matériel… C’était une véritable « OP » ! Prise de possession de la cabane TAAF, grand confort là aussi. Les chambres sont séparées de la pièce à vivre, et grâce à la cascade captée qui coule en contre-haut, il y a l’eau courante et même un chauffe-eau. La cuisine est très bien équipée, avec un service complet d’assiettes en porcelaine et tasses assorties… Après le repas, laissant les poptruites à leurs activités, nous avons enfilé les bleus de travail pour aller casser de la cabane à coup de masse et de pied de biche. Nous avions à peu près réglé le démolissage en une heure et demie et ensuite, nous avons brûlé tout ce qui était incinérable, c’est-à-dire le toit, le mur, le plancher qui étaient en bois, et les matelas. On a installé le bûcher au bord de la rivière, un peu en contrebas de la cabane — il a donc fallu porter tout jusque là — et on a allumé un immense feu de joie. La rivière m’a permis de jouer au pompier en jetant de temps à autre des bassines d’eau quand le feu gagnait un peu trop sur la végétation autour. Il restait tout le mobilier (table et lit en fer, poêle d’une autre époque) et tous les revêtements isolants du toit et des murs dont on a fait des gros rouleaux, et puis toutes les petites choses qui restaient dans la cabane. Ça, il fallait le rapporter au bord de la mer, au plus près de l’endroit où le chaland nous avait déposés, à quelques centaines de mètres de là…

Première journée, nous finissons donc fourbus mais contents du travail accompli.

Samedi, Germain et Alain sont partis chercher un groupe électrogène à Gazelle donc nous étions trois pour faire du transport de gravats. On a tout rapporté au niveau de la mer, mais pas à l’endroit où le chaland viendrait, qui était encore plus loin. On se disait que si le chaland ne pouvait pas beacher à cet endroit, il faudrait faire des allers-retours avec le zodiac. Voilà de quoi se faire des muscles. Déménager, j’ai l’habitude, pas de souci. Là c’est autre chose : le terrain est irrégulier, la distance loin d’être négligeable et les choses à trimballer sont lourdes et sans prise. Un vrai boulot pour les pionniers. Mais ni Nina ni moi ne sommes du genre à jouer les faibles femmes (et je ne parle pas de Mickaël) donc nous avons porté nos gravats et encombrants, et à la fin, à l’emplacement de la cabane, il ne restait que des énormes fûts de béton sur lesquels étaient posée la cabane, qui étaient incassables et intransportables à dos d’homme. On n’est pas là non plus pour se démolir nous…

Pour Nina, le travail de démontage de la cabane est accompli et on a droit à une journée de repos dimanche : grasse matinée avec petit déjeuner jusqu’à 10h pour tout le monde, y compris les poptruites. Et puis François-géophy commence à avoir des fourmis dans les jambes et à se dire qu’il ne va pas rester à la cabane à ne rien faire toute la journée. Une perturbation est passée dans la nuit, il fait maintenant un temps splendide, et un vent à décorner les bœufs (certes, vous avez peut-être eu pire en France ces derniers temps) Qu’à cela ne tienne ! Nous sommes partis tous les deux dans l’idée d’aller pêcher des truites dans le lac des korrigans juste de l’autre côté de la barrière rocheuse. Le temps de se mettre en route, il était midi. Pour aller au lac des korrigans depuis Saint-Malo, rien de plus simple : il faut franchir la muraille qui longe le flan ouest de l’anse et redescendre. Comme c’est de la falaise, nous avons contourné en montant au sommet qui est juste au dessus de l’embouchure de la rivière, à 303m d’altitude. Rude grimpée mais point de vue MAGNIFIQUE : vers le sud-est sur l’anse, l’île Haute dans l’axe, les sommets de Ronarch derrière, vers le sud-ouest sur le Ross, et on devine l’océan vers le nord, au-delà de l’isthme du lac. Nous sommes redescendus au bord du lac, et avons lancé nos lignes à peu près à mi-longueur du lac, sans rien attraper (probablement trop de vent) Retour par le même chemin, mais ce coup-ci, avec le vent de face…

Dans l’après-midi, Nina, Germain, Alain et Michael ont quand même déplacé notre tas de gravats jusqu’à l’endroit de la récup’ du chaland, plus de soucis de zodiac ! L’embarquement des gravats s’est donc bien passé quand l’Aventure est arrivé lundi matin. On est passé par la baie de l’obs, ce qui m’a permis de continuer à découvrir le dédale du golfe, et on était sur base vers 13h, pour décharger et trier nos déchets…



Les cormorans de Pointe Suzanne
5 février 2010, 00:35
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J’étais partie quelques jours, et me revoilà… La destination de ma dernière manip, c’était Pointe Suzanne, du 27 janvier au 1er février.

Pointe Suzanne, c’est l’extrémité Est de la presqu’île du Prince de Galles, juste au sud de PAF. Je suis partie à pied, avec René-Paul, dit « Moustache », pour y rejoindre Alexis et Annette, ornithologues, qui y ont passé 10 jours. Le trajet à pied prend environ 4h30 à 5h, sur terrain plat : il faut traverser tout Isthme bas, des champs d’acéna, puis longer la côte jusqu’à la pointe, soit en marchant sur la plage, soit dans l’acéna. Je faisais mon premier transit à pied dans Kerguelen, et Moustache – bien que Réunionnais – m’a dit ne pas être habitué à marcher. D’un commun accord, nous avons donc décidé d’y aller cool, avec une grosse pause pour le repas de midi, et nous sommes arrivés à la cabane en milieu d’après-midi. Les ornithos n’y étaient pas, puisqu’ils étaient quelque part sur une colonie de cormorans, ils ne nous ont rejoints qu’en soirée.

Difficile de résumer 5 jours de manip… Alors prenons les choses par thème…

Le décor : le trajet à pied n’offre pas un perspective très variée puisqu’on longe la mer, entre la crête  et la péninsule Courbet en face qui est plutôt plate, mais l’environnement immédiat de la cabane est assez fabuleux : c’est en bord de mer, au milieu d’une colonie d’otaries et de manchots papous. Quand on s’éloigne de la cabane, à 10 minutes à pied, on arrive sur le flan sud de la presqu’île d’où on a un panorama impressionnant sur la presqu’île Ronarch en face, et les falaises de la côte sud de la presqu’île du Prince de Galles.

Coté faune, c’est un endroit extraordinaire : en plus  des papous et des otaries, grands albatros, albatros fuligineux, pétrels géants, éléphants de mer, et bien entendu, les cormorans. J’ai même vu un gorfou sauteur et il y a des petits groupes de manchots royaux.

Le travail : Le but de la manip des ornithos était de baguer des poussins de cormorans et de poser des balises sur certains d’entre eux afin de savoir à quelle vitesse et à quelle profondeur ils plongent, quand ils s’alimentent et ce genre de choses. En tant que manipeur, nous n’étions peut-être pas d’une grande utilité pour les assister dans leur travail proprement dit, mais ma curiosité scientifique m’a poussée à passer pas mal de temps avec eux à surveiller les colonies, ce qui m’a permis de prendre les notes pendant qu’ils manipulaient les oiseaux (Matthieu va encore dire que ça ne sert à rien, mais j’aimerais le voir tenir un carnet et un crayon avec un cormoran sur les genoux), et à l’occasion de tenir aussi les oiseaux.

Là où nous, manipeurs, étions vraiment utiles, c’est pour la vie quotidienne et logistique en cabane. C’est que les ornithos font des longues journées, passant des heures assis à côté des colonies, à surveiller les aller et venues des parents cormorans, à noter la manière et la fréquence à laquelle ils nourrissent les poussins, et à baguer les individus de la colonie. Alors quand ils rentrent le soir à la cabane, il n’est pas désagréable pour eux de n’avoir qu’à se mettre les pieds sous la table.

Et pour les repas, Moustache s’y entend : quand il ne se met pas en tête de cuisiner un carry avec les moyens du bord, il trouve toujours une astuce pour améliorer notoirement une boîte de conserve quelconque. La cabane de Pointe Suzanne s’est ainsi transformée en restaurant que l’on a naturellement baptisé  « chez Moustache ». Je n’ai pas été en reste, puisque j’ai expérimenté la pâtisserie en cabane et la vaisselle à l’eau de mer.

Ah oui, Pointe Suzanne, ce n’est pas la baie de l’obs : pas d’eau courante. Nous avons quelques bidons d’eau douce qui ont été apporté par tracteur avant notre arrivée, mais globalement, on en restreint l’usage, donc toilette et vaisselle se font au mieux à l’eau de mer. Du coup, on restreint aussi l’usage des savons et liquide vaisselle. Rien de tout cela ne me choque ; après tout, dix années de camps scouts, ça apprend à s’accommoder d’un minimum de confort, du moment que l’on est au grand air. En tout cas, moi, je me sens plutôt dans mon élément avec ce mode de vie.

Nous avons donc pris notre petit rythme à quatre pendant quatre jours, et  admiré avec Moustache les chutes de neige qui se sont produites dans la nuit de vendredi à samedi, laissant Courbet et Ronarch toutes blanches le lendemain matin (ça, c’est pour Amaury qui voulait des sommets enneigés) Hélas, chez nous, ça n’a pas tenu au sol. ..

Et puis le dimanche midi sont arrivés trois écobios et une manipeuse qui venaient chercher des mouches sans aile. Il y a deux cabanes à Pointe Suzanne : celle d’en bas, en bord de mer, que nous occupons, et une autre en haut sur la crête, que les écobios devaient occuper. Mais ils ont jugé qu’il était plus convivial de rester tous ensemble, et avaient apporté une tente au besoin. D’un seul coup, notre logistique de cabane est donc passée de quatre à huit personnes.  Quand on sait la dimension des chambres et de la cuisine dans une cabane comme celle de Pointe Suzanne-bas, cela relève un peu du défi, mais nous l’avons fait ! Pas de doute, nous y avons perdu en espace mais gagné en ambiance. Ce n’est pas souvent qu’on a l’occasion de se retrouver aussi nombreux en manip !

Nous sommes repartis à 6 de cet endroit idyllique lundi en début d’après-midi, laissant derrière nous deux ornithos désappointés qui ne réussissaient pas à récupérer la dernière balise qu’ils avaient posée… (ils sont partis une heure après nous) Cette fois-ci, pas de grosse pause repas au milieu du trajet : nous avons fait nos 4h30 ce marche quasiment non-stop, ne faisant qu’une pause de temps en temps pour resserrer le groupe, chacun marchant à son rythme, et nous sommes arrivés à PAF vers 19h15, juste à l’heure du repas. Notre arrivée au restaurant, tout fourbus et puants, a donc été relativement remarquée, mais après une bonne douche, on réintègre vite la vie « ordinaire » de la base…