Liénor aux Kerguelen


Repartir
14 octobre 2010, 15:19
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C’est ainsi : les meilleures choses ont une fin, les missions à Kerguelen en font partie.

Comme annoncé le Marion Dufresne est arrivé à Port-aux-Français le 31 août, et immédiatement, le rythme sur la base s’est intensifié. L’hélicoptère a déchargé les sacs postaux puis les futurs résidents de l’archipel, dont nos collègues André, Alain et Christophe.

En trois jours, il a fallu leur expliquer tout ce qu’il est nécessaire de savoir pour faire fonctionner la station météo, comme nos prédécesseurs l’avaient fait 9 mois auparavant. Des journées bien remplies donc. Et en parallèle, les soirées pour se dire au revoir (et faire un dernier concert sur la scène de Totoche) se sont multipliées. Des nuits bien remplies aussi donc !

Dernières balades à l’anse des pachas, dernières bières à Totoche, et premières salades vertes dans nos assiettes depuis huit mois ! Nous, ex-hivernants de la 60ème, avons été embarqués le 5 septembre après-midi pour appareiller le 6 au matin sous un joli ciel bleu. Derniers regards sur les îles pas si désolantes que ça. Une petite larme en pensant aux quelques personnes qui sont restés à Ker, devenus des amis et que l’on n’est jamais complètement sûrs de revoir. Je leur souhaite une bonne fin de mission à chacun.

On redoutait les quarantièmes rugissants de la fin de l’hiver, mais le voyage jusqu’à l’île Amsterdam a été on ne peut plus calme. La vie à bord du bateau a pris un petit rythme ponctué par les services des repas et quelques parties de cartes. De vieilles habitudes ressurgissent, on se retrouve soudain comme on était neuf mois auparavant, sauf que… Sauf que là, c’est une autre forme d’inconnu qui nous attend. On va retrouver tant de choses qui nous sont familières et qui nous sont devenues étrangères. Et puis on finira par tous se séparer.



Dernière ligne droite
17 août 2010, 01:13
Filed under: vie de la base

Le 15 août est passé et ça sent désormais franchement la fin. Dans deux semaines, le bateau qui me ramènera vers le monde ordinaire sera là. A vrai dire, cela fait quelques temps que l’on s’est mis à compter les jours. Je n’ai plus quitté Port-aux-Français depuis mon escapade à Studer, il y a un mois.

Coté météo, quelques perturbations remarquables nous font comprendre que l’on n’est pas venu à Kerguelen pour rien. Le 30 juillet, la pression enregistrée à la station est descendue jusqu’à 945 hPa (en pression réduite au niveau de la mer) après avoir fait une chute de plus de 46 hPa en 24h. Nous avions annoncé une tempête mais finalement le vent fort associé n’a pas été si extraordinaire (seulement 37 kt de vent moyen, autant dire rien pour ici). Nos co-hivernants n’ont donc pas manqué d’y aller de leur couplet sur les météorologues qui se trompent toujours. Mais nous avons bien vite été « consolé » de ne pas avoir eu de tempête ce jour-là. Les lâchers de ballon par plus de 40 kt de vent moyen se multiplient, le dernier en date était samedi 14. J’ai vu la sonde toucher le sol avant de faire une double pirouette autour du ballon puis finir par s’élever dans les airs et me transmettre des valeurs tout à fait correctes. Il faut dire que la hantise, quand il y a du vent, c’est de voir partir le ballon à l’horizontale, si bien que la sonde qui y est accrochée percute le sol et est endommagée. Il n’y a plus qu’à tout recommencer quand c’est comme ça.

Coté vie sur base, les possibilités de sortie étant limitées, j’ai multiplié les promenades jusqu’à l’anse des pachas, limite ouest du périmètre de la base, histoire de se dégourdir les jambes et de savourer encore un peu des petits coins de nature kerguelenienne. Chacun se prépare au départ petit à petit. C’est l’heure des bilans.

Au milieu de tout ce train-train, petit délire d’hivernants, nous sommes partis en « manip » jusqu’à la flottille, histoire d’inaugurer la cabane que Franck y a construite. Au moins deux minutes de transit à pied pour aller admirer le petit cocon douillet qui permet de retrouver l’ambiance cabane en plein cœur de PAF. Ah, nostalgie (déjà !?) quand tu nous tiens !



Un peu de douceur dans ce monde de brut
15 juillet 2010, 14:04
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Une fois n’est pas coutume, parlons météo. Début juillet, il n’y a pas qu’en France que la canicule sévit. On pensait venir à Kerguelen pour trouver des conditions climatiques rudes, et on est tout étonné de subir une vague de douceur. Le 11 juillet, la température minimale a été de 8,6°C, ce qui en fait la deuxième température minimale la plus chaude pour un mois de juillet depuis l’ouverture de la station, tandis que le mercure est monté à 12,6°C au meilleur de la journée, classant cette journée au 5ème rang des journées les plus chaudes de juillet. Oh, je vous vois sourire sous vos 35°C, mais c’est qu’ici, nous ne sommes plus habitués !

Cela dit, l’hiver a bien fini par reprendre ses droits et des averses de neige sont arrivées le 13. Les cérémonies du 14 juillet se sont donc déroulées sous les flocons, même si ce n’est pas tombé en quantité et que certains ici s’impatientent et attendent des occasions de sortir leurs luges.

Pas de feu d’artifice à Kerguelen, mais une petite aurore australe ce matin pour les lève-tôt, aperçue quand j’ai passé l’obs de 00 UTC.

A part ces petits commentaires d’ordre professionnel, j’occupe mon quotidien pafien en faisant des gâteaux (j’ai perdu la main coté cuisine) ou en embarquant sur le chaland en touriste dans le labyrinthe des îles du Golfe pour  savourer encore un peu la beauté de Kerguelen… Peut-être était-ce la dernière fois que je montais à bord de l’Aventure II ? Je ne sais pas encore si c’est le cas, toujours est-il que cela m’a donné un peu de matière pour la prochaine sélection de nuages. A suivre, donc…



La fiesta de l’hiver
5 juillet 2010, 17:39
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Déjà 10 jours que la vie sur la base a repris son rythme normal après la Midwinter. A la fois c’est passé vite et à la fois ça a été tellement dense qu’il n’aurait pas fallu que ça dure trop longtemps. C’est un peu frustrant parce qu’il s’est passé vraiment plein plein de trucs, mais je ne peux pas tout raconter dans les détails.

Ça a commencé dimanche 20 au soir, avec le premier tour de l’élection du Onzeker. Les Gaulois sont arrivés en tête et le PEDK en deuxième. Le lundi matin, course d’orientation par équipe dans le périmètre de la base. L’après-midi, c’était la course de chars nautiques à « Central Park ». Le lac avait gelé, la première équipe à passer à dû briser la glace. Mon équipe partait en avant-dernier. Je devais être sur le char. J’étais super-confiante avec notre magnifique char-manchot qui glissait pour ainsi dire tout seul sur l’eau quand on avait fait des essais la semaine d’avant. Et ça n’a pas loupé, on n’avait pas fait 10m que le char s’est renversé… Bah, j’ai pris ça en rigolant, si personne ne passe à la flotte dans ce genre de jeu, ce n’est pas drôle. Si je puis dire, ça ne m’a fait ni chaud ni froid tellement j’étais prise dans le jeu et le feu de l’action, ma seule pensée a été « moi au moins, je n’ai pas perdu le témoin, pas comme l’équipe d’avant ». Lundi soir, deuxième tour de l’élection du Onzeker, remportée par Toupetix. Il y avait aussi ce soir-là l’élection de Missker : 5 candidates travesties, les « vraies » filles sont membres du jury. Je crois que j’ai été morte de rire toute la soirée. Et comme le veut la tradition, le couple « Onzeker-Missker » a investi la Résidence avec une partie de la population de PAF pour en chasser la disker qui avait d’ailleurs joué le jeu et déjà déménagé.

Mardi, c’était rendez-vous à 10h30 à la flottille pour un baptême de baignade en eaux subantarctiques. Ayant vraiment bien supporté mon plongeon forcé de la veille, j’ai testé ; 2°C, 25 m à parcourir partiellement en nageant. Eh bien maintenant, je comprends pourquoi l’espérance de vie n’est que de quelques minutes dans une eau aussi froide. Tant qu’il y avait assez de fond pour marcher tranquillement, ça allait. Mais quand j’ai commencé à vouloir nager la brasse, je me suis rendu-compte que j’avais le souffle coupé, plus aucune énergie, chaque mouvement est une lutte tellement les muscles sont tétanisés. Quand je suis sortie de l’eau, je suis tout de suite partie à la station météo passer l’obs de 11h, j’étais encore en maillot de bain. J’ai pris une bonne douche chaude ensuite. A midi barbecue, et l’après-midi je suis restée à la station météo. Il a d’ailleurs fallu que je refasse un ballon, j’étais donc très en retard pour faire mon déguisement pour la soirée. Parce qu’en plus, les soirées étaient des soirées à thème : dimanche, soirée ch’tis, lundi, soirée bretonne, et mardi, vous devinerez aisément en voyant mon costume. Mercredi après-midi, Ker-messe, avec plein de petits jeux marrants : chamboule-tout, « chamboule-touk » (ça c’était drôle), course en sac, course de ski, tir au pistolet à plombs, funambule, tir aux buts, lancé de rondin, lancer de bottes avec les dents, etc. En fin d’après-midi, tournoi de jeux de cartes, puis soirée réunionnaise. Jeudi c’était la journée du Onzeker : livraison du petit déjeuner à domicile. Ensuite, on a fini les épreuves de la kermesse car tout le monde n’avait pas eu le temps de jouer à tout. Il y a eu un tournoi de tir à la corde et notre équipe a vaincu toutes les autres équipes, même celles dans lesquelles il n’y avait que des gros balèzes ! A midi, c’était pique-nique à Totoche. J’ai bien aimé le principe : ils ont pris tous les pots de fausses plantes vertes, ils les ont posés un peu partout, ils ont mis des couvertures par terre au pied des plantes et il n’y avait plus qu’à se servir en charcuterie, salade de riz et parts de quiches et pizzas. L’après-midi, match d’improvisation. Ensuite, le parti des Gaulois et le PEDK ont projeté un petit diaporama façon journal people sur la vie du Onzeker et de Missker que je n’ai que partiellement vu parce que juste après, je dansais. Après cela, la petite Marie a chanté quelques chansons a capella et ça a été la cérémonie de remise des « Seize-arts » de la Midwinter. A la surprise générale, mon équipe est arrivée deuxième, grâce à une remontée fulgurante au classement général après la kermesse et le tournoi cartes-domino. Il faut dire qu’avant cela, nous étions bons derniers. Elle a également remporté le trophée de l’équipe la plus revendicative, ce dont finalement je suis assez fière … Jeudi soir, c’était repas « hamburger », feux de la Saint Jean, puis soirée en boîte pour clôturer la mid, dans tous les sens du terme puisqu’il s’agissait d’une soirée dansante à thème «punk» organisée dans les containers devant B17.

Pleins de grands moments de convivialité, tout s’est déroulé dans une ambiance bon enfant, sans débordement, juste le plaisir d’être tous ensemble pour jouer. Et puis comme tant de gens me l’avaient prédit, la page de la Midwinter est tournée et ça sent déjà la fin de mission et le départ. Il reste pourtant deux mois, il y a encore le temps de profiter un peu de tout ce qui fait de cette mission à Kerguelen un moment exceptionnel dans ma vie !



Mindwinter J-1
19 juin 2010, 18:04
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C’est bien la première fois qu’il neige le jour de mon anniversaire… Il est comme ça, le mois de juin ici, c’est la saison du blanc. Oh, rien avoir avec ce que nos collègues de Dumont d’Urville doivent subir, néanmoins on a eu nos premières vraies congères. Petit rappel de la situation météorologique : vendredi 11 au matin, il a neigé sans vent (oui, SANS VENT pendant presque 3h d’affilée, 0 en vent moyen et 0 en rafales !!!) J’ai pu mesurer sans difficulté 3 cm sur la planche à neige. Et puis l’après-midi, on est passé en ciel de traine, encore deux petites averses, et surtout, le vent s’est levé. Rien d’extraordinaire, 68 km/h en vent moyen, rafales à 104 km/h, une force de vent très habituelle pour Kerguelen, MAIS…

-D’abord il a fallu que je cherche dans mes petites tables quel était le code du « chasse-neige » pour le temps présent, c’est un code qu’on utilise tellement rarement en métropole que même à l’école de la météo on ne l’apprend pas…

-Ensuite, ça a été assez épique de revenir le soir à Port-aux-Français vers 18h (donc de nuit) avec des congères qui commençaient à se former et aucune visibilité car la neige était soulevée bien au-dessus du niveau du pare-brise de la voiture. Heureusement à cette saison, il n’y a pas d’éléphant de mer qui traverse la route. C’est drôle de rouler dans une congère, surtout que ce n’est pas une légende, le petit bout de route non revêtue qui relie la RN66 de Kerguelen à la station météo est le rendez-vous de toutes les congères de la base. Bon, ce coup-ci ça a été, comme il n’avait neigé que 3cm, les congères ne sont pas montées trop haut et la route est restée malgré tout praticable. Le lendemain matin, j’ai eu bien du mal à retrouver la planche à neige dont la tige dépassait à peine de la congère qui s’était formée devant la station météo alors que partout ailleurs, tout avait été soufflé. Comment doit-on mesurer la hauteur de neige dans ces cas-là ? Joli petit mur de neige aussi autour de l’abri de gonflage des ballons, et l’éclairage du lever de soleil donne une couleur de glace à la fraise arrosée de chantilly à tout le décor.

Redoux spectaculaire lundi et mardi avec respectivement 11,3°c et 12,5°C de température maximale. Un temps idéal pour aller célébrer un (faux) mariage à Notre-Dame des Vents. Expliquer le pourquoi de cette cérémonie serait une longue histoire que seul un délire propre à la vie de Kerguelen peut justifier. A part ça, la campagne pour l’élection tant attendue du « onzeker » a débuté, les forces en présence usent de tous les stratagèmes imaginables pour ratisser les voix des électeurs. Alors qui du chef du village gaulois Toupetix, du chef du gang des rebelles de Kerwest, et du leader du PEDK (parti pour l’enrichissement de Kerguelen) sera intrônisé pendant les festivités de la midwinter ? Réponse après-demain soir au plus tard, à l’issue du deuxième tour des élections.

Quant à moi, prenant soin de ne pas prendre parti tout en négociant la reconnaissance de mon talent de la part des futurs élus potentiels, je prépare dans mon coin une petite surprise dont je vous laisse imaginer la teneur… Et avec tout ça, j’ai à peine vu l’Osiris et sa célèbre passagère Abby Sunderland.



Visite de l’Albatros
6 mai 2010, 11:48
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Je suis un peu muette ces derniers temps, peu inspirée à vrai dire par mon quotidien pafien.
Pourtant, les jours se suivent et ne ressemblent pas tous. Ainsi, jeudi dernier, à l’heure où je finissais mon radiosondage, j’ai vu un rocher que je n’avais pas repéré dans mon paysage, au niveau de la passe royale. Après avoir pris une bonne paire de jumelle, il s’est avéré que le rocher n’en était pas un mais bel et bien un bateau, un bateau gris que j’ai reconnu au premier coup d’œil pour l’avoir vu lors de l’escale à Crozet en novembre dernier : il s’agit du patrouilleur Albatros. Et si la vue de cet oiseau de mer m’a tant réjouie, ce n’est pas tant à la perspective de voir plein de têtes inconnues venir peupler Totoche pendant deux jours, mais bel et bien parce que, comme annoncé, celui-ci nous apporte les fruits et légumes frais dont nous n’osions plus rêver.
Cela dit, les marins ayant débarqué à terre se sont offert une petite visite de la base comprenant un passage obligé à la station météo, avec toujours la même question : comment sera la mer quand nous serons repartis ? A vrai dire, la seule réponse que je pouvais donner, c’était que cela dépendait de leur itinéraire, et tous ne savaient pas forcément vers où ils feraient route en quittant le Golfe du Morbihan… Difficile d’être prévisionniste quand on ne connait pas le besoin de l’usager !


Qu’à cela ne tienne, le folklore tient toujours et donc vendredi, je n’ai jamais vu autant de monde à la fois dans ma petite station météo : une bonne quinzaine de marins sont venus jouer les apprentis météorologues en assistant au lâcher quotidien de ballon-sonde. Me voilà toute déconcentrée lorsque je prodigue mes conseils habituels à celui qui s’est dévoué pour opérer. Tant de monde ! Bilan : un ballon un peu sous-gonflé qui a atteint l’altitude honorable de 23014 m…

Journées de travail et jours de repos : je suis allée passer le week-end à la cabane Jacky pour renouer avec le plaisir de la pêche à Kerguelen dans la rivière du Sud. La journée de samedi n’a rien donné malgré une belle touche ratée de peu. Et puis les conditions météos se sont dégradées, il a plu toute la nuit et le lendemain, le bruit de la pluie et du vent sur le toit de la cabane ne donnait pas franchement envie de sortir.  Mais finalement, comme souvent à Kerguelen, le ciel s’est dégagé bien vite et nous avons pu profiter d’une belle matinée pour attraper 4 truites, dont deux beaux spécimens de truites de mer qui avaient profité de la montée des eaux pour remonter la rivière depuis l’embouchure.

Météo toujours : alors que la tempête balayait le sud de la France,  mardi nous avons battu ici notre record de vent depuis le début de la mission :  33m/s (119 km/h) en vent moyen et  46 m/s (166 km/h) en rafales. Mais il est vrai qu’à Kerguelen, les conséquences sont moins impressionnantes. Il y a quand même eu quelques dégâts du coté du bâtiment géophy et des hangars de l’appro. Quand on dit que l’hiver arrive…



Changement de configuration
7 avril 2010, 06:01
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Il y a eu pas mal d’agitation à Port-aux-Français avant l’OP. Il y a eu un navigateur en solitaire tchèque qui est resté une semaine et l’Océanic Viking qui est revenu de lundi à mercredi dernier.

Plus cette OP s’approchait, plus elle s’annonçait pleine de mauvaises nouvelles. D’abord, le Marion a quitté Crozet avec un jour de retard après une OP difficile et n’est donc arrivé que le 2 avril après-midi à Port-aux Français au lieu du 1er avril au matin (au tout début, il était prévu qu’il arrive le 29 mars !) Ce fut un mal pour un bien car jeudi matin nous avons eu une belle tempête sur Kerguelen (quand on a commencé à la prévoir, tout le monde a cru que c’était un poisson d’avril) L’autre mauvaise nouvelle, c’est que tous les produits frais ont été embarqués par erreur dans la chambre froide à -20°C. Nous qui attendions avec impatience le retour des salades, tomates, ananas et autres mangues et poires depuis que les dernières pommes et oranges ont disparu de nos stocks ici il y a un mois, nous voilà bien déçus ! C’est un vrai coup dur pour le moral.

Quand le Marion est arrivé, j’étais à la station météo. En l’espace de quelques heures, tout a changé.C’est un sentiment vraiment bizarre. Pendant 4 mois, nous avons vécu avec les mêmes personnes, on finit vite par connaitre tout le monde, et voilà que cette configuration change. D’un seul coup, on n’est plus dans notre train-train quotidien. On se fait réveiller par l’hélicoptère qui tourne dès le lever du jour. On arrive au petit-déjeuner et on voit plein de visages inconnus. On se demande si on doit continuer à faire la bise à chacun le matin. On redevient anonyme, et même les gens que l’on aime bien sont très occupés, comme si Port-aux-Français s’était transformé en une grosse fourmilière où chacun s’affaire dans son coin sans s’occuper des autres. A la météo, nous n’attendions personne, nous avions relativement peu de matériel à réceptionner : j’ai changé deux cartes baro dans les récepteurs pour le radiosondage et hormis les bulletins d’assistance spéciale pour le Marion, c’est tout ce qu’on aura eu à faire de particulier pendant cette OP. Il y a eu la visite de personnalités officielles. J’ai fait participer M. le sénateur Gaudin à un lâcher de ballon dimanche.

Et puis avec l’OP, il y a eu l’arrivée du courrier, les colis tant attendus, des cadeaux de ma famille qui m’ont particulièrement émue. Mais aussi le départ du courrier, et tout à coup, je me suis rendue compte que je n’avais encore écrit aucune carte postale à envoyer par ce bateau. Je les ai écrites à la dernière minute lundi matin. Que ceux qui n’en recevront pas ce coup-ci me pardonnent, je ne les oublie pas pour autant…

Hier, il y a eu une dernière soirée où Totoche était noir de monde, prétexte à un dernier concert avec mes musiciens qui sont tous partis, devant un nouveau public qui ne connait pas encore mon répertoire par coeur, et puis aussi vite que tout ça a commencé, tout s’est arrêté.

Ca y est, l’OP est finie. Ça signifie plein de choses…
Les campagnards d’été sont partis. C’est autant de personnes qui étaient devenues des amis et qu’on ne reverra peut-être pas. La vie est ainsi faite et ça fait partie des règles du jeu.
Les nouveaux hivernants sont arrivés, des nouvelles têtes à connaître. Au bilan, nous sommes passés de 85 à 60 personnes à Kerguelen.
Les gens partaient par hélico vers le Marion, 5 par 5. Grandes embrassades et larmes. A chaque rotation d’hélico, je les voyais embarquer en me disant : « ben ouais, ça y est, lui/elle aussi, il/elle part… » Ca fait vraiment bizarre, quand le dernier hélico décolle. D’un seul coup, on réalise qu’on est « entre nous ». En à peine quelques heures de temps, la base s’est vidée. Ce matin et tout le week-end, ça a été la pleine agitation, avec les « interdistricts », les gens qui ne viennent que le temps de l’OP, les touristes, les VIP et la présence simultanée des partants et des arrivants. Et ce soir, 60 personnes et pas une de plus pendant 5 mois.
En fin d’après-midi, on est allé voir le Marion de loin quand ils embarquaient le dernier container. On a crié et fait des grands gestes, des appels de phare, donné des coups de klaxon pour saluer leur départ. Et après, nous sommes allés manger et découvrir la nouvelle configuration de notre mission.

Ce soir à table, nous avions une petite corbeille de fruits, destockée du Marion pour la base. Je ne sais pas combien de temps on aura des fruits à notre disposition. Le patrouilleur Albatros devrait passer dans quelques temps et apporter du complément en produits frais. Après le repas, Totoche s’est vidé très vite.

Si tout va bien, je repars en manip jeudi. C’est une autre histoire qui commence…