Liénor aux Kerguelen


La fiesta de l’hiver
5 juillet 2010, 17:39
Filed under: vie de la base

Déjà 10 jours que la vie sur la base a repris son rythme normal après la Midwinter. A la fois c’est passé vite et à la fois ça a été tellement dense qu’il n’aurait pas fallu que ça dure trop longtemps. C’est un peu frustrant parce qu’il s’est passé vraiment plein plein de trucs, mais je ne peux pas tout raconter dans les détails.

Ça a commencé dimanche 20 au soir, avec le premier tour de l’élection du Onzeker. Les Gaulois sont arrivés en tête et le PEDK en deuxième. Le lundi matin, course d’orientation par équipe dans le périmètre de la base. L’après-midi, c’était la course de chars nautiques à « Central Park ». Le lac avait gelé, la première équipe à passer à dû briser la glace. Mon équipe partait en avant-dernier. Je devais être sur le char. J’étais super-confiante avec notre magnifique char-manchot qui glissait pour ainsi dire tout seul sur l’eau quand on avait fait des essais la semaine d’avant. Et ça n’a pas loupé, on n’avait pas fait 10m que le char s’est renversé… Bah, j’ai pris ça en rigolant, si personne ne passe à la flotte dans ce genre de jeu, ce n’est pas drôle. Si je puis dire, ça ne m’a fait ni chaud ni froid tellement j’étais prise dans le jeu et le feu de l’action, ma seule pensée a été « moi au moins, je n’ai pas perdu le témoin, pas comme l’équipe d’avant ». Lundi soir, deuxième tour de l’élection du Onzeker, remportée par Toupetix. Il y avait aussi ce soir-là l’élection de Missker : 5 candidates travesties, les « vraies » filles sont membres du jury. Je crois que j’ai été morte de rire toute la soirée. Et comme le veut la tradition, le couple « Onzeker-Missker » a investi la Résidence avec une partie de la population de PAF pour en chasser la disker qui avait d’ailleurs joué le jeu et déjà déménagé.

Mardi, c’était rendez-vous à 10h30 à la flottille pour un baptême de baignade en eaux subantarctiques. Ayant vraiment bien supporté mon plongeon forcé de la veille, j’ai testé ; 2°C, 25 m à parcourir partiellement en nageant. Eh bien maintenant, je comprends pourquoi l’espérance de vie n’est que de quelques minutes dans une eau aussi froide. Tant qu’il y avait assez de fond pour marcher tranquillement, ça allait. Mais quand j’ai commencé à vouloir nager la brasse, je me suis rendu-compte que j’avais le souffle coupé, plus aucune énergie, chaque mouvement est une lutte tellement les muscles sont tétanisés. Quand je suis sortie de l’eau, je suis tout de suite partie à la station météo passer l’obs de 11h, j’étais encore en maillot de bain. J’ai pris une bonne douche chaude ensuite. A midi barbecue, et l’après-midi je suis restée à la station météo. Il a d’ailleurs fallu que je refasse un ballon, j’étais donc très en retard pour faire mon déguisement pour la soirée. Parce qu’en plus, les soirées étaient des soirées à thème : dimanche, soirée ch’tis, lundi, soirée bretonne, et mardi, vous devinerez aisément en voyant mon costume. Mercredi après-midi, Ker-messe, avec plein de petits jeux marrants : chamboule-tout, « chamboule-touk » (ça c’était drôle), course en sac, course de ski, tir au pistolet à plombs, funambule, tir aux buts, lancé de rondin, lancer de bottes avec les dents, etc. En fin d’après-midi, tournoi de jeux de cartes, puis soirée réunionnaise. Jeudi c’était la journée du Onzeker : livraison du petit déjeuner à domicile. Ensuite, on a fini les épreuves de la kermesse car tout le monde n’avait pas eu le temps de jouer à tout. Il y a eu un tournoi de tir à la corde et notre équipe a vaincu toutes les autres équipes, même celles dans lesquelles il n’y avait que des gros balèzes ! A midi, c’était pique-nique à Totoche. J’ai bien aimé le principe : ils ont pris tous les pots de fausses plantes vertes, ils les ont posés un peu partout, ils ont mis des couvertures par terre au pied des plantes et il n’y avait plus qu’à se servir en charcuterie, salade de riz et parts de quiches et pizzas. L’après-midi, match d’improvisation. Ensuite, le parti des Gaulois et le PEDK ont projeté un petit diaporama façon journal people sur la vie du Onzeker et de Missker que je n’ai que partiellement vu parce que juste après, je dansais. Après cela, la petite Marie a chanté quelques chansons a capella et ça a été la cérémonie de remise des « Seize-arts » de la Midwinter. A la surprise générale, mon équipe est arrivée deuxième, grâce à une remontée fulgurante au classement général après la kermesse et le tournoi cartes-domino. Il faut dire qu’avant cela, nous étions bons derniers. Elle a également remporté le trophée de l’équipe la plus revendicative, ce dont finalement je suis assez fière … Jeudi soir, c’était repas « hamburger », feux de la Saint Jean, puis soirée en boîte pour clôturer la mid, dans tous les sens du terme puisqu’il s’agissait d’une soirée dansante à thème «punk» organisée dans les containers devant B17.

Pleins de grands moments de convivialité, tout s’est déroulé dans une ambiance bon enfant, sans débordement, juste le plaisir d’être tous ensemble pour jouer. Et puis comme tant de gens me l’avaient prédit, la page de la Midwinter est tournée et ça sent déjà la fin de mission et le départ. Il reste pourtant deux mois, il y a encore le temps de profiter un peu de tout ce qui fait de cette mission à Kerguelen un moment exceptionnel dans ma vie !

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Mindwinter J-1
19 juin 2010, 18:04
Filed under: vie de la base

C’est bien la première fois qu’il neige le jour de mon anniversaire… Il est comme ça, le mois de juin ici, c’est la saison du blanc. Oh, rien avoir avec ce que nos collègues de Dumont d’Urville doivent subir, néanmoins on a eu nos premières vraies congères. Petit rappel de la situation météorologique : vendredi 11 au matin, il a neigé sans vent (oui, SANS VENT pendant presque 3h d’affilée, 0 en vent moyen et 0 en rafales !!!) J’ai pu mesurer sans difficulté 3 cm sur la planche à neige. Et puis l’après-midi, on est passé en ciel de traine, encore deux petites averses, et surtout, le vent s’est levé. Rien d’extraordinaire, 68 km/h en vent moyen, rafales à 104 km/h, une force de vent très habituelle pour Kerguelen, MAIS…

-D’abord il a fallu que je cherche dans mes petites tables quel était le code du « chasse-neige » pour le temps présent, c’est un code qu’on utilise tellement rarement en métropole que même à l’école de la météo on ne l’apprend pas…

-Ensuite, ça a été assez épique de revenir le soir à Port-aux-Français vers 18h (donc de nuit) avec des congères qui commençaient à se former et aucune visibilité car la neige était soulevée bien au-dessus du niveau du pare-brise de la voiture. Heureusement à cette saison, il n’y a pas d’éléphant de mer qui traverse la route. C’est drôle de rouler dans une congère, surtout que ce n’est pas une légende, le petit bout de route non revêtue qui relie la RN66 de Kerguelen à la station météo est le rendez-vous de toutes les congères de la base. Bon, ce coup-ci ça a été, comme il n’avait neigé que 3cm, les congères ne sont pas montées trop haut et la route est restée malgré tout praticable. Le lendemain matin, j’ai eu bien du mal à retrouver la planche à neige dont la tige dépassait à peine de la congère qui s’était formée devant la station météo alors que partout ailleurs, tout avait été soufflé. Comment doit-on mesurer la hauteur de neige dans ces cas-là ? Joli petit mur de neige aussi autour de l’abri de gonflage des ballons, et l’éclairage du lever de soleil donne une couleur de glace à la fraise arrosée de chantilly à tout le décor.

Redoux spectaculaire lundi et mardi avec respectivement 11,3°c et 12,5°C de température maximale. Un temps idéal pour aller célébrer un (faux) mariage à Notre-Dame des Vents. Expliquer le pourquoi de cette cérémonie serait une longue histoire que seul un délire propre à la vie de Kerguelen peut justifier. A part ça, la campagne pour l’élection tant attendue du « onzeker » a débuté, les forces en présence usent de tous les stratagèmes imaginables pour ratisser les voix des électeurs. Alors qui du chef du village gaulois Toupetix, du chef du gang des rebelles de Kerwest, et du leader du PEDK (parti pour l’enrichissement de Kerguelen) sera intrônisé pendant les festivités de la midwinter ? Réponse après-demain soir au plus tard, à l’issue du deuxième tour des élections.

Quant à moi, prenant soin de ne pas prendre parti tout en négociant la reconnaissance de mon talent de la part des futurs élus potentiels, je prépare dans mon coin une petite surprise dont je vous laisse imaginer la teneur… Et avec tout ça, j’ai à peine vu l’Osiris et sa célèbre passagère Abby Sunderland.



Des baleines et des chats
6 juin 2010, 10:51
Filed under: découverte

Après Ratmanoff et son immense manchotière, il me restait encore un endroit que je voulais absolument découvrir ici : Port Jeanne d’Arc, plus souvent appelé PJDA ici, l’ancienne usine baleinière (la seule du territoire français). Les restes de l’usine sont classés et font l’objet d’une réhabilitation de la part des TAAF, aussi les accès à ce site sont réglementés et le seul à s’y rendre durant l’hivernage, c’est le « popchat » car c’est l’un de ses sites d’étude (avec Ratmanoff, Port-Couvreux, Sourcils Noirs et Port-aux-Français)
Il y a quelques temps déjà, j’avais donc sollicité Léo, le VCAT popchat, pour savoir si je pouvais lui servir de manipeur le jour où il irait à PJDA, ainsi je faisais d’une pierre deux coups dans mes découvertes : je découvrais PJDA et je découvrais le travail du popchat.

Concernant l’usine, on l’a vue et revue en photo, et on fait ses propres photos des fûts rouillés, des vieilles barques éventrées et de tout ça. C’est sûr, ça offre un sacré spectacle, mais finalement, à force d’y vivre, on s’habitue au déco. Je m’attendais à quelque chose de plus fantomatique peut-être ? Je n’ai pas été saisie par toutes les interrogations des uns et des autres qui se sont épanchés dans le cahier de cabane sur le bien fondé de la restauration de PJDA, le souvenir de la pêche à la baleine qui fut un massacre écologique, ce genre de chose. Platement, mon œil parcourant tout cela n’y voit qu’une succession de formes géométriques, cylindres, engrenages et tuyaux désordonnés et ordonnés pour former une œuvre d’art contemporain. Par contre on a eu la chance en sept jours de voir ça par tout type de temps, soleil, pluie, vent, neige, pleine lune… A part les tas de rouille et de vieilles planches, le décor est chouette, les montagnes de la presqu’île Jeanne D’Arc, la vue sur le massif Gallieni depuis le halage des Swains, sur la presqu’île Ronarch sous un autre angle que depuis PAF, l’île longue en face, etc. Il n’y a pas à dire, Kerguelen, c’est toujours aussi beau, avec ou sans usine en ruine.

La manip popchat, ça m’a finalement bien plu. Il ya deux types de travail pendant cette manip : un transect, c’est-à-dire un chemin à suivre le long duquel nous cherchons dans le décor à la jumelle si nous voyons des chats. Avec un télémètre, Léo note à quelle distance il les voit depuis quel point du transect, et dans quelle direction. Le transect de PJDA fait 2,7 km entre l’usine et le halage. On l’a fait plusieurs fois, le but étant d’avoir à la fin de la manip 30 observations de chats. Ça fait une belle petite balade, et le halage est vraiment un endroit très joli avec vue sur la baie du halage, le Ross si le temps le permet, ou au moins la pyramide Branca, et le Dôme Rouge. La deuxième chose à faire, c’est des captures : on pose des cages avec des appâts dedans (des lapins morts sur lesquels on aura fait quelques prélèvements à des fins d’analyse). Ensuite tous les jours, idéalement deux fois par jour matin et soir, on fait le tour des cages pour voir s’il y a un chat dedans. Et s’il y en a un, on le rapporte à la cabane, on l’endort et on lui fait un certain nombre de mesures (longueur des pattes, des dents, dimension de la tête, etc.) et prélèvements (prise de sang, poils, …) avant de le relâcher dans la nature. Les chats de Kerguelen sont baptisés. Lors de notre session nous avons donc attrapé un chat déjà baptisé « Clark Gaibeul 2 », une chatte qui s’appelait « Laventure » et un nouveau chat qu’on a baptisé « Pantera ». Par ailleurs, deux chattes qui avaient compris comment se nourrir à moindre frais sont venus plusieurs fois se faire re-piéger. Dans ce cas, on ne refait pas de prélèvement sur elles au cours d’une même session, donc on se contente de les relâcher et on a déplacé les pièges. Toutes ces mesures permettent de faire du suivi de population, de voir comment les individus évoluent, s’ils vivent vieux, etc.

Et comme on a eu de la neige, on a fait un peu de « flexo-luge ».
Le flexo, c’est le pantalon ciré qu’ils nous fournissent dans le paquetage. Pratique quand on tient un cormoran ou un pétrel sur ses genoux, pratique quand on traverse des souilles, et pratique quand on fait des glissades… Hélas, le redoux est arrivé vite fait avec son lot de pluie et de vent.



Au pays des manchots royaux
24 mai 2010, 11:57
Filed under: découverte

Ca y est, je peux, dire : « j’y étais ! » Je suis partie une semaine pour accompagner les ornithos à Ratmanoff. Qui dit Ratmanoff dit ENORME colonie de manchots royaux, et qui dit manchots royaux dit manip ornitho. Jusque là, ça se tient.

Je suis donc partie dimanche 17 en compagnie des deux VCAT ornithos, Pierrick et Alexis, et avec François, par un soleil radieux, pas un nuage, belle journée anticyclonique comme nous en avions depuis 3 jours. Première étape : Pointe Morne, ou nous rejoignons les écobios Lise et Clément et leur manipeuse Audrey le temps d’une soirée crêpes. Mais avant ça, tant qu’il faisait encore un peu jour, on est allé prospecter dans les colonies de cormorans pour faire de la reconnaissance visuelle : en gros, si on voit des individus bagués, on le note, comme ça après on sait que tel jour on a vu tel individu à tel endroit. Eh oui, on fait une manip ornitho jusqu’au bout ! On a d’ailleurs retrouvé un oiseau que nous avions bagués ensemble, Alexis et moi, à Pointe Suzanne…

Je vous sens piaffer d’impatience. Moi aussi, donc le lendemain 9h, on se motive, une fois la cabane rangée, on remet les bottes aux pieds et le sac sur le dos, et on longe la côte, kilomètre par kilomètre en slalomant entre les éléphants de mer (ça fait plaisir d’en revoir, il n’y en a presque plus à Port-aux-Français à cette saison) Quand on est arrivé vers Pointe Charlotte, on a fait une pause pique-nique, histoire de recharger les batteries. Et à partir de là, la côte n’a plus la même tête. C’est de la plage, de plus en plus large, de sable noir, et ça s’est passé comme les autres m’ont dit : il y a quelques manchots, puis des petits groupes de manchots, puis des groupes plus gros, puis des groupes nombreux puis, puis, puis… puis des innombrables manchots qui marchent tous dans la même direction que nous pour rejoindre une foule immense de manchots, et là, on est arrivé car on voit la cabane du guetteur.

Le guetteur, c’est le nom d’une manip ornitho qui a eu lieu en février. Allez voir sur le blog d’Alexis (en lien sur mon blog) il vous expliquera… Les ornithos équipent les manchots avec divers types de balises, les manchots repartent en mer, les balises font plein de mesure, et tôt ou tard (et cette année c’était très tard) ils reviennent se prélasser sur la plage de Ratmanoff, voir leur conjoint et nourrir leur poussin…Donc quand ils reviennent, il faut intercepter les manchots et récupérer les balises. Voilà pourquoi les ornithos guettent le retour des manchots, des jours durant, les jumelles vissées sur les yeux en direction de la colonie. Sauf que cette année, les manchots sont revenus tellement tard qu’ils n’étaient pas tous de retour à l’OP d’avril, date à laquelle tout le monde, y compris les ornithos, doit être sur base. Donc depuis, il faut retourner de temps en temps à Ratmanoff pour explorer la colonie et voir si on ne retrouve pas les manchots équipés de balises. Chercher une balise dans une colonie de manchots royaux, c’est sans doute encore plus difficile que de chercher une aiguille dans une botte de foin. Donc plus il y a d’yeux mieux c’est, et cette semaine, il y avait 4 paires d’yeux.

Alors voilà, on arrive à la cabane de guetteur vers 16h, et on découvre, tous les petits modules de la cabane posés les uns à cotés des autres au fil des agrandissements de la cabane. La cuisine est équipée d’une grande fenêtre qui donne sur l’essentiel de la colonie, vers le nord, et c’est de là que le guetteur guette. Autant dire qu’on a une vue extraordinaire depuis la cabane, tous les manchots, des petits points noirs et blancs qui s’étendent à perte de vue, jusqu’à la fin de la baie en fait, et peut-être même au-delà… Saisissant, fascinant, oui… FASCINANT !!! Plein de manchots, qui y vont chacun de leur petit cri pour retrouver leurs petits au milieu de tout ça, donc plein de poussins bruns et duveteux aussi qui piaillent, et puis chacun fait des allers-et-venues, seul ou en groupe, ça forme des immenses processions, comme un pèlerinage de gens tous vêtus uniformément de blanc sur le ventre et de gris sur le dos. De temps en temps quelques élephants font la sieste ou se tapent dessus en attendant de devenir des gros pachas prétendant au titre de roi du harem, et au dessus de la foule, les pétrels géants guettent s’il n’y a pas un volatile un peu faiblard qui pourrait servir de casse-dalle. Et puis des goélands et des skuas. Et on a passé toutes nos journées à se balader dans ce décor, par tous les temps. En plus, à Ratmanoff, il y a le sable soulevé par le vent sur la plage et les vagues de l’océan qui se brisent avec plein d’embruns parce qu’il y a plein de vent, et puis les nuages, et puis des levers et des couchers de soleil, des averses de neige… Bref, si j’avais eu mes trois appareils photos, je me serais probablement servie des trois tout le temps. Mais là, j’avais fait le choix de ne prendre que mon compact numérique et mon boîtier argentique pour m’essayer à la photo noir et blanc. D’ailleurs, la photo a été l’un de nos principaux sujets de conversation le soir en cabane ou quand il faisait vraiment trop moche et froid pour courir après un hypothétique manchot perdu au milieu de la colonie avec sa balise sur le dos… Nous avions 7 appareils photos pour 4. On a aussi fêté les 25 ans de Pierrick (le 18 mai), on ne s’est pas laissé dépérir.

Bilan de la manip (quand même, on est là pour la Science !) on a retrouvé un manchot équipé d’une balise Argos et un autre équipé d’un GPS. Franchement, ce n’est pas si mal vu qu’on cherchait l’introuvable. Comme ça, j’ai essayé de tenir un manchot entre les mains et je me suis rendue compte de ce qu’était la force légendaire que ces animaux ont dans leurs petits bras. On a aussi pesé quelques poussins.

Retour samedi 22, réveil à 6h du matin pour partir de la cabane vers 8h1/2, hardi petit, tout droit au GPS à travers la péninsule Courbet. On a eu de la chance niveau temps. C’était prévu « ciel de traîne active avec averses de grésil et neige ». Il y en a eu, on les voyait arriver, les gros mamelons blancs qui dégoulinent des Cb, mais elles nous ont presque toutes évitées, tout au plus a-t-on eu trois flocons à un moment donné. Sinon, on a marché sous le soleil, avec quand même le vent majoritairement de face. Ce n’est pas un mystère, je marche moins vite que la plupart des marcheurs ici, donc j’ai passé pas mal de temps 500 m ou 1 km derrière, mais comme c’est tout plat… A part quelques lacs à contourner de temps en temps, rien d’extraordinaire. De l’acaena, soit sèche, soit humide, mais dans ce cas gelée, et des cailloux. On est passé à coté des roches jumelles, curieux tétons qui dépassent dans le paysage et qu’on voit donc à des kilomètres, et de là on voyait la boule du CNES qui n’en finit pas de se rapprocher. Rivière Norvégienne, rivière du Château, et puis, un pied devant l’autre, un abricot sec quand le voyant des batteries s’allume, finalement, on est arrivés au CNES à 15h, le repas de midi avait été gardé de coté pour notre arrivée. Steak-frite micro-ondé et hop, sous la douche !



Six mois sous les nuages
14 mai 2010, 17:18
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Cela fait six mois que j’ai quitté la France. Devant le succès de l’opération « nuages » du troisième mois, je réitère donc avec les nouveautés de la collection « automne 2010 », et je propose tout ça un peu en vrac, juste pour le plaisir des yeux.

10/05/2010. Le départ du chaland se fait maintenant avant le lever du soleil

01/04/2010. Le beau temps après la tempête

Allez, une petite série « ciel de traîne »…

15/04/2010. L’averse arrive de l’ouest… et la voici 5 minutes plus tard sur le CNES juste à l’Est.

Et puis les autres photos qui me plaisent, comme ces piles d’assiettes dignes d’un  cours d’obs’.

10/05/2010

La mer d’huile se fond dans la couche d’Altostratus autour des falaises de la presqu’île du Prince de Galles :

12/04/2010

Le même jour, vue sur le massif du Crozier (ces deux photos-là, je les aime vraiment bien, peut-être parce que le trajet en chaland n’a jamais été aussi paisible ?)

Mais il ne fait pas toujours gris à Kerguelen. Pour preuve, ce jeu de formes dans les nuages élevés au-dessus de l’antenne GPS de la station météo (29/04/2010) :

Ou ce coucher de soleil sur les Monts du Chateau…
06/05/2010.

Voire cet autre coucher de soleil pour lequel j’ai quitté la chaleur réconfortante de ma chambre pour mitrailler un peu (07/05/2010)

Après, la nuit, ce ne sont plus les nuages qui m’intéressent… En attendant de voir une aurore australe photographiable ?

05/05/2010 juste avant 23h, vers l'Est

Et comme un peu de narcissisme n’a jamais fait de mal…

26/02/2010



Visite de l’Albatros
6 mai 2010, 11:48
Filed under: vie de la base

Je suis un peu muette ces derniers temps, peu inspirée à vrai dire par mon quotidien pafien.
Pourtant, les jours se suivent et ne ressemblent pas tous. Ainsi, jeudi dernier, à l’heure où je finissais mon radiosondage, j’ai vu un rocher que je n’avais pas repéré dans mon paysage, au niveau de la passe royale. Après avoir pris une bonne paire de jumelle, il s’est avéré que le rocher n’en était pas un mais bel et bien un bateau, un bateau gris que j’ai reconnu au premier coup d’œil pour l’avoir vu lors de l’escale à Crozet en novembre dernier : il s’agit du patrouilleur Albatros. Et si la vue de cet oiseau de mer m’a tant réjouie, ce n’est pas tant à la perspective de voir plein de têtes inconnues venir peupler Totoche pendant deux jours, mais bel et bien parce que, comme annoncé, celui-ci nous apporte les fruits et légumes frais dont nous n’osions plus rêver.
Cela dit, les marins ayant débarqué à terre se sont offert une petite visite de la base comprenant un passage obligé à la station météo, avec toujours la même question : comment sera la mer quand nous serons repartis ? A vrai dire, la seule réponse que je pouvais donner, c’était que cela dépendait de leur itinéraire, et tous ne savaient pas forcément vers où ils feraient route en quittant le Golfe du Morbihan… Difficile d’être prévisionniste quand on ne connait pas le besoin de l’usager !


Qu’à cela ne tienne, le folklore tient toujours et donc vendredi, je n’ai jamais vu autant de monde à la fois dans ma petite station météo : une bonne quinzaine de marins sont venus jouer les apprentis météorologues en assistant au lâcher quotidien de ballon-sonde. Me voilà toute déconcentrée lorsque je prodigue mes conseils habituels à celui qui s’est dévoué pour opérer. Tant de monde ! Bilan : un ballon un peu sous-gonflé qui a atteint l’altitude honorable de 23014 m…

Journées de travail et jours de repos : je suis allée passer le week-end à la cabane Jacky pour renouer avec le plaisir de la pêche à Kerguelen dans la rivière du Sud. La journée de samedi n’a rien donné malgré une belle touche ratée de peu. Et puis les conditions météos se sont dégradées, il a plu toute la nuit et le lendemain, le bruit de la pluie et du vent sur le toit de la cabane ne donnait pas franchement envie de sortir.  Mais finalement, comme souvent à Kerguelen, le ciel s’est dégagé bien vite et nous avons pu profiter d’une belle matinée pour attraper 4 truites, dont deux beaux spécimens de truites de mer qui avaient profité de la montée des eaux pour remonter la rivière depuis l’embouchure.

Météo toujours : alors que la tempête balayait le sud de la France,  mardi nous avons battu ici notre record de vent depuis le début de la mission :  33m/s (119 km/h) en vent moyen et  46 m/s (166 km/h) en rafales. Mais il est vrai qu’à Kerguelen, les conséquences sont moins impressionnantes. Il y a quand même eu quelques dégâts du coté du bâtiment géophy et des hangars de l’appro. Quand on dit que l’hiver arrive…



l’île aux oiseaux
22 avril 2010, 22:54
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Je suis partie vendredi dernier à l’île de Mayes pour assister Pierrick, ornitho, dans le suivi des populations de pétrels gris. Il avait neigé dans la nuit de jeudi à vendredi (comme prévu !) et donc vendredi matin, c’était tout blanc à PAF, ça change complètement le paysage. Pas de doute, l’hiver s’installe. Départ du chaland à 7h, juste au lever du soleil. Nous avons donc été déposés sur notre île vers 13h. Nous : c’est-à-dire d’une part Luc et Fabrice qui travaillent pour la réserve naturelle (« resnat ») des TAAF et d’autre part Pierrick et moi pour le programme ornitho.

Avril c’est la saison où commence la reproduction des pétrels gris. Il y a une centaine de terriers de pétrels gris (eh oui, les oiseaux ne nichent pas dans les arbres dans ce pays !) qui sont suivis à Mayes et nous devons faire le tour de ces terriers pour savoir s’ils sont occupés, et si oui, si l’individu qui l’occupe est bagué et s’il y a un œuf. Si l’individu n’est pas bagué, nous le sortons de son terrier et nous le baguons. Les pétrels gris sont des oiseaux sensibles au stress, donc le mieux est de les sortir le moins possible pour faire toutes ces manipulations. Pour cela, nous fouillons les terriers à l’aide de ringots (sortes de baguettes en plastique) et si on se rend compte qu’il y a quelqu’un, alors on met en œuvre le « burrowscope ». Pour fouiller les terriers au ringot, il faut avoir le coup de main, donc je laissais surtout Pierrick procéder. Pour sentir le mieux possible ce qui se passe au bout du ringot, il enlève ses gants et je ne l’enviais pas tellement de se coucher dans la neige, la main dans le terrier sans gant avec le temps que nous avons eu.

En effet, vendredi et samedi, nous sommes passés en ciel de traine, avec plein d’averses de neige tout le temps, du vent froid qui nous déséquilibrait quand on se baladait sur les parois pentues de Mayes en prenant garde de ne pas écraser les choux et les azorelles. Ceci est une parenthèse, revenons aux pétrels. Supposons que le terrier n’est pas vide… le burrowscope est une petite caméra infrarouge couplée à une paire de lunettes qui permet d’aller regarder à l’intérieur des terriers. Avec le masque et la longueur de câble dans laquelle je m’emberlificote avec le sac à appareil photo en bandoulière, j’ai l’air d’un extraterrestre. Mais on s’en est quand même servi et ça nous a évité de sortir quelques oiseaux. Au total, sur la trentaine de terriers qu’on a eu le temps de faire, on a sorti 3 ou 4 oiseaux. Là, j’avais eu l’expérience des cormorans, donc maintenant, je sais comment il faut tenir un oiseau sur les genoux pendant que l’ornitho lui pose sa bague et lui prend ses mensurations. Je n’ai pas de photo de pétrel gris. On ne peut pas à la fois travailler et prendre des photos, surtout quand il fait froid et qu’il neige. Un pétrel gris, c’est gros comme un gros pigeon, c’est gris avec un ventre plus clair, et ça a une tête de pétrel ; c’est assez joli à vrai dire.

Sinon, mon travail d’aide-ornitho a surtout consisté à tenir le petit carnet de note et à chercher les piquets bleus sur le terrain qui marquent les terriers à fouiller (pas toujours simple quand ça dépasse à peine de l’acéna ou des herbes hautes) De temps en temps, quand il y avait un terrier avec un réseau de galeries un peu complexe, on a fouillé à deux au ringot, mais je n’ai jamais senti d’oiseau au bout de la tige…

Le soir en cabane, c’est comme toujours en cabane, sauf qu’il fait nuit de plus en plus tôt (entre 17h30 et 18h) La cabane de Mayes est richement « décorée », pleine d’anecdotes et de photos laissées par 20 ans de programme ornitho, donc 20 ans d’équipes de VCAT qui se sont succédées. Et petit luxe, il y a une cabane pour les WC. Même si je me suis retrouvée transie en allant remplir le seau « chasse d’eau » à l’eau de mer sous une grosse averse de neige (même pour aller aux WC, j’aurais dû mettre des gants) c’est toujours mieux que de se retrouver les fesses à l’air dans la neige et le vent ! Le chaland est revenu me chercher lundi  matin vers 10h, j’ai été remplacée par Mathieu qui était déguisé en oiseau en arrivant. Pierrick séjourne à Mayes jusqu’au 29 avril. Quand il aura fini avec les pétrels gris, il s’occupera des pétrels à tête blanche.